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Natal - Rio Grande do Norte - Brasil |
La tendance est assez générale à vouloir les assimiler à
d’autres mobilisations urbaines massives en Égypte, en Turquie, en Tunisie et
ailleurs. Ou à les réduire à une énième occurrence des "Indignés".
C’est faire bon marché de leurs spécificités liées à leur contexte spécifique
brésilien social, historique et
politique, voire sportif à l'approche de la Coupe du Monde de football (2014) et des Jeux Olympiques (2016) au Brésil.
Quelle "géographicité" pour ces mouvements sociaux
urbains ?
J’avais proposé en 1997 - dans un article en Portugais du Brésil - pour une revue universitaire de géographie brésilienne - quelques pistes pour aborder la question de la "géographicité des mouvements sociaux spatiaux", aussi bien
ruraux qu’urbains. J’essayais alors d’y poser les bases d’une approche lefebvrienne
de tels mouvements sociaux, notamment au sujet du MST (Mouvement des
Sans-terre). Après une dizaine d’années de purgatoire académique, ce modeste
article fait désormais référence dans des dizaines d’articles et de
recherches (thèses) non seulement au Brésil, mais également au Canada ou en
Espagne.
Pour illustrer l’analyse je pourrais m’appuyer
particulièrement sur le cas des récents mouvements urbains à Natal, capitale du
Rio Grande do Norte (RN), qui ont culminé le 20 juin dernier. Natal et le RN
ont été le terrain de ma thèse de géographie (1998), qui portait sur la dialectique des identités et des territorialités dans le RN. Le Rio Grande do Norte a une longue tradition historique de luttes radicales populaires et il y a eu récemment des cas de signes avant-coureurs. Exemple, le mouvement #forarosalba, depuis 2011 ("Mouvement populaire contre la corruption installé dans notre Etat"), contre la gouverneure du RN, Rosalba Ciarlini.
Le mouvement d'aujourd'hui a pris ici le nom de "Revolta do Busão" (Révolte du bus). Il se qualifie lui-même de « mouvement social du Rio Grande do Norte, pour la qualité des transports publics » (Twitter : @revoltadobusao) en précisant qu'il est une "initiative populaire, autonome, horizontale, indépendante et apartidaire"
Le mouvement d'aujourd'hui a pris ici le nom de "Revolta do Busão" (Révolte du bus). Il se qualifie lui-même de « mouvement social du Rio Grande do Norte, pour la qualité des transports publics » (Twitter : @revoltadobusao) en précisant qu'il est une "initiative populaire, autonome, horizontale, indépendante et apartidaire"
Émergence du "Droit à la ville" ?
A partir de ce cas il convient de s’interroger plus avant
sur les rapports entre ces mouvements urbains récents au Brésil et le
"droit à la ville" postulé par Henri Lefebvre en 1968. Pas
seulement comme perspective revendicative, mais dans les formes mêmes de ces
manifestations, leur appropriation transgressive des territoires urbains,
contribuant à leur visibilité médiatique et politique.
On peut souligner brièvement ici certaines
caractéristiques, dont force est de constater qu’elle s’inscrivent dans les
perspectives et les concepts lefebvriens.
- Une critique en actes de la vie quotidienne, visant particulièrement les conditions des transports publics dans les grandes villes et agglomérations du Brésil. Pour les avoir utilisés à de nombreuses reprises dans les années 1990, à Natal et à Recife, je peux témoigner de leur inconfort et de leur dangerosité.
- Une réappropriation de l’espace public urbain brésilien, caractérisé par sa fragmentation (ségrégation) et sa privatisation (condominios fechados), sous la forme de l’invasion des grands axes de circulation urbain (Avenida Senador Salgado Filho) et même fédéral (BR101), certes polarisé autour des grands shoppings centers (Via Direta, Midway Mall).
- Une révolution urbaine, pour l'heure spontanée et festive (voir les vidéos sur YoutTube), marquée par la forte présence des jeunes instruits de la classe moyenne en cours de paupérisation par les effets à moyen terme de la politique des gouvernements Lula successifs et celui de Dilma Roussef . Ces jeunes ne constituent aucunement une génération Lula et s’ouvrent à cette occasion à la mobilisation sociale et à la réflexion politique sur d’autres bases, même fragiles et ambiguës au départ. Ce soulèvement à la mixité sociale et générationnelle sous-estimée, percute ainsi le consensus spatial imposé, et de proche en proche, élargit sa plate-forme revendicative bien au-delà de la simple contestation de l’augmentation du prix des transports publics pour revendiquer leur gratuité (envisagée dès le mandat de Luiza Erundina quand elle fut maire (PT) de São Paulo de 1989 à 1993). Contre le système politique brésilien et sa corruption aussi, jusqu’au rejet manu militari des partis politiques de gauche (PT, PCdB) lorsque leur militants cherchent à intégrer les cortèges. Contre la criminalisation des mouvements sociaux, non seulement le MST (Mouvement des Sans-terre), mais aussi les syndicats. Contre la perpétuation, bien après la dictature (1964-1985) d’un régime policier brutal, la PM (Police Militaire) s’étant distinguée une nouvelle fois par la violence de sa répression en juin dernier, notamment à Brasilia et São Paulo. Ailleurs, à Natal comme à Fortaleza, elle a fait preuve de bien plus de mesure et de bienveillance.
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0,20 Reais vont-ils changer l'histoire du Brésil ? |
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