mercredi 29 février 2012

Qui sont les “nouveaux prolétaires” ?

Dynamiques actuelles et habits neufs d’une notion ancienne

Le but  de ce livre est d’examiner de plus près, l’archipel que constituent les nouveaux prolétaires, de s’interroger sur les ruptures et les continuités des situations de précarité, d’observer les sphères sociales touchées par la vulnérabilité, d’analyser les impacts des nouveaux modes de gestion de la main-d’ œuvre.
  • Le livre retrace l’histoire des prolétaires, ces travailleurs du capitalisme, depuis l'avènement de ce système économique au XIXe siècle jusqu’à ses formes les plus contemporaines. Les transformations sont profondes. Les prolétaires ne sont plus assimilables au salariat, du fait de la généralisation de ce statut. Ils ne sont plus seulement des ouvriers, du fait de la tertiarisation de la société. Ils ne sont plus exclusivement des travailleurs, dans un contexte de chômage de masse. Alors, pourquoi continuer d’utiliser ce terme? Les dénominations de pauvres, de précaires, d’exclus ne sont-elles pas plus adaptées ? Celle de prolétaires - définis comme les dominés de la société, dont l’emploi et les protections qui l’accompagnent sont incertains, ce qui entame leur situation matérielle et leur capacité à se projeter dans l’avenir, tant au plan professionnel que personnel - conserve des vertus non-négligeables.
  • Cette notion de prolétaires insiste d’abord sur la dimension relationnelle du social. Les groupes sociaux ne se définissent pas seuls, mais bien en relation les uns avec les autres? C’est ce que montraient Engels et Marx en posant que “l’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classe”. Ainsi, parler de prolétaires réintroduit un regard plus antagonique sur la société, permet de repenser les relations de travail, non pas à la manière des managers comme un univers de collaboration et d’équité, mais bien comme lieu de rapport des forces et de domination des patrons sur les travailleurs. Plus largement, le terme impose la question de la distribution des richesses et donc celle des inégalités, alors que dans le contexte de crise, les inégalités se creusent en raison de l’envolée des revenus des plus riches, surtout ceux du capital.
  • La référence au prolétariat permet ensuite d’insister sur la centralité du travail comme déterminant de la position matérielle et symbolique des individus. Les nouveaux prolétaires apparaissent alors comme des salariés en position de faiblesses et d’insécurité. Ils forment aussi la vaste armée de réserve, comme sans-emploi soumis au diktat du travail, en tant que source de revenu, mais aussi comme unique moyen d’échapper au stigmate de l’assisté, du paresseux. Le contrôle renforcé sur les chômeurs et les pressions pour qu’ils restent “actifs” (RSA) sont le signe d’un recours au travail comme instrument d’ordre et de discipline des corps et des esprits.
  • Enfin, reprendre le concept marxiste engage à penser ensemble condition objective et représentation subjective de ce groupe social, et ainsi à s’interroger sur le potentiel contestataire de ces nouveaux dominés. Les mobilisations de “sans” et de précaires émaillent bien l’actualité, mais il est difficile d’identifier une classe sociale de prolétaires aujourd’hui, sous l’effet de l’éclatement des collectifs de travail et de la pression du chômage.
La lutte des classes a lieu dans l’univers du travail et dans l’espace public, mais aussi et peut-être surtout dans les mentalités. L’essentiel est alors de toujours interroger ce qui semble être du sens commun, mais relève davantage de l’idéologie dominante, pour garder ouvert le champ des possibles.

Sarah Abdelnour, Les nouveaux prolétaires, Textuel, petite encyclopédie critique, 2012, 140 p., 9,90 €.

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