mercredi 12 juillet 2017

Et maintenant, quelles perspectives communistes ?

A l’issue de la longue et confuse séquence électorale de 2017, la direction du PCF ne peut plus faire complétement l’impasse sur ses dix ans d’errements stratégiques. Il se vérifie encore plus cruellement cette fois que le choix du dit "Front de gauche" depuis une décennie a bien été celui de l’effacement du PCF. Avec la menace accentuée d’une disparition, nous sommes parvenus à la phase ultime de cette stratégie suicidaire. Le soutien répété, en 2012 puis en 2017, à Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles a été le vecteur de notre effacement politique et médiatique quasi total. Qui ne participe pas aux présidentielles est inexistant et inaudible aux législatives. Désormais, si au local on nous estime encore un peu, nous sommes au mieux jugés inutiles et on nous laisse sans guère de ménagement à notre "déchéance" [sic, entendu à Savenay 44 fin juin 2017].

Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon en 2012,
sous l'étiquette du "Front de Gauche"

Nous payons ainsi le prix fort de choix calamiteux aux présidentielles de 2012 et 2017. La suite de l’année 2017 devrait nous faire dissiper définitivement toute tentation de fusion avec France insoumise, alors que l’objectif largement manifesté de ses dirigeants reste bien celui de notre disparition : le « Vous êtes la mort et le néant » d’un texto rageur de Jean-Luc Mélenchon à Pierre Laurent, a toujours été le fond de sa pensée, et au-delà du constat actuel, son objectif. Impossible, encore une fois, même avec le sauvetage in extremis d’un groupe parlementaire PCF (qui persiste toujours contre toute évidence à s’appeler "Front de gauche"), de transformer cette énième défaite en victoire. Pour autant, la démission de la direction ne s’impose pas. Elle priverait les communistes de leur "droit d’inventaire" sur cette période, non seulement sur des choix et des méthodes de direction non seulement "inopérantes" (A.Seassau), mais inappropriées et terriblement coûteuses, mais plus au fond sur les orientations stratégiques : quelle visée communiste, avec quel rassemblement ?

Y'a-t-il urgence pour un nouveau congrès, surtout quand nous sortons depuis peu d’un "congrès pour rien" ? Soit, mais y mettre le parti au cœur de sa discussion ne doit pas constituer une pirouette pour échapper à un bilan critique incontournable et la remise à plat de tout ce qui le concerne : stratégies, pratiques, fondements. Certains idéologues du parti – hier chauds partisans du "Front de Gauche" - mettent désormais en avant la question "transversale du commun" (A.Hayot), de sa "nécessité" (F.Genevé). Mais avec le(s) commun(s), on joue sur les mots pour éviter d’avoir à rester fidèles celui de communisme, en flirtant délibérément avec les lieux communs (… au fond et à droite, au bout du couloir !), et nombre des clichés en vogue de la pensée contemporaine. L’utile mais très confidentielle Revue du Projet deviendrait, pour l’occasion, « Cause commune ». Depuis sa création, force a pourtant été de constater que les contributions les plus nombreuses et intéressantes venaient déjà avant tout de chercheurs non-communistes.

Changer le nom du parti ? Choisir celui de parti "du commun" ! Non, il nous faut rester le Parti du Communisme en France (PCF). Le communisme, au-delà de "l’hypothèse" philosophique (A.Badiou), a-t-il nécessairement besoin d’un parti communiste ? Certes non, mais c’est tout même beaucoup mieux s’il y en a encore un. Regardons l’exemple historique des pays voisins (Italie, Espagne) où il a fallu 10 à 20 ans, après le hara-kiri du PCI et du PCE, pour s’aviser qu’il faudrait aujourd’hui tenter, si difficilement, de les ressusciter, fut-ce à travers des alliances d’opportunité. Autant s’épargner ce passage non-obligé en forme d’ impasse.

La fin du clivage/gauche droite est, en France, l’une de ces idéologies dites "post-politiques", parmi bien d’autres, dans l’air du temps. Elle cherche à justifier la fin des partis et le violent "dégagisme" anti-partis de tous les soi-disants « mouvements » qui font, chacun à sa manière, assaut de populisme : FN, REM et FI. Nous en avons été la cible privilégiée, tout autant sinon plus que le PS, LR et EELV.

A force de nourrir l’idée – comme, au quotidien, dans l’Humanité – que l’intelligence serait "partout ailleurs" que dans nos rangs, nous avons beaucoup délaissé nos fondamentaux, ceux qui ont fait pourtant hsitoriquement la spécificité du PCF et son identité. D’où le besoin urgent d’une remise à niveau, ce qui veut dire bien plus qu’une mise à jour, cosmétique et superficielle, de notre propre "logiciel" idéologique et historique. Il y a à la clé beaucoup de travail, individuel et collectif.

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