mardi 8 décembre 2015

Un "autre visage" du vote FN en périurbain nantais

Continuons sinon de vraiment percer, du moins de tenter de mieux cerner, l'un des mystères du périurbain nantais, à savoir la territorialisation du vote FN dans 21 communes de 3 EPCI : Loire et Sillon, Pays de Blain et de Pontchâteau/ St Gildas des Bois. Cette fois en comparant le % des voix FN au premier tour des Régionales 2015 (6 décembre 2015) à celui des récentes départementales (22 mars 2015), à peine dix mois plus tôt, et dans un contexte certes très différent de l'actuel. L'analyse du vote FN ne peut plus se faire à l'échelle des méga-régions (Nord, Est et Sud) mais à celle du local, et dans une temporalité resserée, compte tenu de l'accélération du temps et de la chronologie des événements.

Dans les 21 communes retenues, l'abstention est un peu moindre le 6 décembre (Abs D.44 : 51,43%, Abs R.44 : 49,72%). Mais ce faible gain en participation n'est pas uniforme. L'abstention est maximum à Malville (53,35%), et minimum à Lavau/Loire (43,89%). On observe qu'en général, plus la participation est élevée, moins les votes FN sont importants. Autrement dit, les scores du FN doivent moins à la mobilisation de "ses" électeurs, qu'à l'abstention des autres, signe d'un manque flagrant de motivation, malgré tous les appels au civisme et à la responsabilité. Il y aurait à s'interroger vraiment sur un tel défaut de mobilisation.

Tableau : Les votes FN en périurbain nantais
21 communes de trois EPCI  : Loire et Sillon, Pays de Blain et Pontchâteau/St-Gildas des Bois
aux départementales et régionales 2015 (1er tour)


Source des données : Ministère de l'Intérieur (7 décembre 2015)

La comparaison des deux scrutins montre que si le score FN monte dans environ la moitié des communes (parfois fortement comme à Pontchâteau : + 5,28%), il décroît cependant dans d'autres, comme Lavau/Loire (-2,76%) ou la Chevallerais (-4,24%).  L'ensemble donne ainsi l'impression d'une grande volatilité du vote FN, d'un ancrage certes réel, mais peut-être pas si solide qu'il y paraît d'abord.

Dans la plupart des plus petites communes le % des votes FN est élevé. Le plus haut est à Bouée, avec 28,35%, en tête même dans une commune pourtant réputée de gauche depuis des décennies. Beaucoup de petites communes périphériques, dans les intercommunalités, se situent entre 25 et 30 %, comme Drefféac, Prinquiau ou Sévérac, et d'autres sont très proches des 25%, comme Crossac, Guenrouët, Missillac ou Sainte-Reine de Bretagne. Incontestablement, dans le vote FN joue bien un "gradient d'urbanité", comme certains géographes l'ont appelé (Jacques Lévy), mais dans le sens non pas seulement de l'éloignement de la métropole, mais également de la position périphérique par rapport aux villes centres des intercommunalités. En tout cas, il semble bien qu'il existe, à ce jour, un "plafond de verre" à 30%, que  les votes FN peine à franchir dans cette espace, même si c'est le cas dans le périrurbain plus lointain, le "rural profond" des limites départementales au nord-est.

Carte : Les trois visages du vote EN en France


Source : le Monde diplo (décembre 2015)


Serait-ce définitivement la norme dans un Grand Ouest - Sud Ouest, davantage "rétif au vote FN", l'un de ses "trois visages en France", comme le suggère Joël Gombin dans un article du Monde diplo de décembre 2015. Selon lui, parlant de la période entre 1995 et 2012 (et des seules présidentielles) "dans ces régions, ceux qui votent néanmoins pour le FN appartiennent moins aux classes populaires, sont moins souvent ouvriers et inactifs. Proportionnellement, les indépendants ou cadres retraités, les employés de commerce, les professions intermédiaires du secteur privées y sont surreprésentés. Là où le FN est plus faible, donc, il l'est surtout parce qu'il ne parvient pas à séduire le noyau dur de son électorat au niveau national : les ouvriers (entre 4 et 6 points de moins que la moyenne du pays en 2012) et les inactifs, (essentiellement des femmes aux foyers et des étudiants - environ 5 points de moins en 2012)". Mais, depuis cette date de 2012, certaines digues n'ont-elles pas été rompues dans le grand l'ouest, notamment chez les jeunes ?

Ce qui se confirme aussi, c'est que le vote FN est moindre dans les petites villes centres, chefs-lieux des intercommunalités, comme Savenay (-1,48%), même si ce % monte dans les villes de Blain (+0,84%), de St-Gildas-des-Bois (+2,22%) et, surtout, de Pontchâteau (+ 5,28%).

Résumons-nous : le vote FN est plus volatile qu'il ne semble parfois. Même aux élections locales désormais, il bénéficie surtout d'une mobilisation plus forte de ses électeurs que les autres listes. Dans le détail, il existe des différences entre les plus petites communes et les chefs-lieux des intercommunalités, une géographie fine du vote FN qui exprime, autant qu'à l'échelle nationale, une réelle défiance à l'égard des élites de la gouvernance interterritoriale.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire