lundi 3 novembre 2014

Le Pape François : « Quand je défends les pauvres, certains m’accusent d’être communiste ! »


Journée historique au Vatican fin octobre 2014, avec une Rencontre mondiale des mouvements populaires, organisations d’exclus et de marginalisées de tous les continents et de toutes origines ethniques et religieuses : des paysans sans terre, travailleurs informels urbains, femmes révoltées, peuples indigènes en lutte... Véritable Assemblée mondiale des damnés de la terre, mais qui se battent et ne se résignent pas.

Le Pape en personne s’est adressé à eux en leur disant qu’il veut « écouter la voix des pauvres » parce que « les pauvres ne se contentent plus de subir les injustices, mais ils luttent contre leur sort  » et qu’il veut « les accompagner dans cette lutte  ». Il leur a dit également que « les pauvres n’attendent plus les bras croisés des solutions qui ne viennent jamais ; maintenant, les pauvres veulent être acteurs de leur destin et trouver eux-mêmes une solution à leurs problèmes » car, ajoute-t-il, « les pauvres ne sont pas des êtres résignés, ils savent protester, et se révolter ». Et il a dit : « J’espère que le vent de cette protestation deviendra un orage d’espérance. »

François a également affirmé : « La solidarité est une manière de faire l’histoire. » C’est pourquoi, il rejoint la demande des pauvres qui réclament « de la terre, un toit et un travail ». En ajoutant : « Certains, quand je demande pour les pauvres de la terre, un toit et un travail, disent que ‘le Pape est communiste’ ! Ils ne comprennent pas que la solidarité avec les pauvres est la base même des Evangiles. » François a rappelé que « la réforme agraire est une nécessité morale  ! » 
Il a accusé, sans le nommer, le néolibéralisme d’être à l’origine de nombreux malheurs contemporains : « Tout cela arrive – a-t-il précisé – quand on déplace l’être humain du centre du système et qu’on le remplace par l’argent-roi. » Il a répété qu’ « il faut hausser la voix  ». Et il a rappelé que « les chrétiens, nous disposons d’un programme que j’oserais qualifier de révolutionnaire : les béatitudes du Sermon de la Montagne rapportées par Saint Matthieu dans son Evangile. »

Un discours fort, courageux, qui s’inscrit dans le droit fil de la Doctrine sociale de l’Eglise à laquelle François s’est référé explicitement. Cela faisait très longtemps qu’un Pape ne prononçait pas une allocution aussi sociale, aussi « progressiste » sur un thème, les pauvres, qui constitue l’une des bases fondamentales de la doctrine chrétienne.

Cette intervention a été prononcée en présence du président de la Bolivie, Evo Morales, réélu le 12 octobre, dès le 1er tour, avec 61% des voix, pour un troisième mandat. Très applaudi, le président Morales a pris à son tour la parole à Rome, devant le même auditoire, pour expliquer, de nombreux exemples à l’appui, que « le capitalisme, qui fait commerce de tout, a créé une civilisation du gaspillage  ». Il a insisté sur l’idée qu’ « il faut refonder la démocratie et la politique, parce que la démocratie c’est le gouvernement du peuple et non pas celui du capital et des banques  ». Il a également mis l’accent sur « le respect nécessaire de la Terre mère  » et « la mobilisation indispensable contre la privatisation des services publics ». Il a suggéré aux mouvements sociaux réunis à l’occasion de cette Rencontre de « créer une grande Alliance des exclus » pour défendre les « droits collectifs  » qui complètent, selon lui, les droits de l’homme.

Ces deux interventions du pape François et du président Evo Morales confirment d’une part, la nouvelle dimension internationale du président bolivien, et, d’autre part, le nouveau rôle historique du Pape François qui semble s’affirmer de plus en plus comme le porte-parole des pauvres d’Amérique latine et de tous les exclus du monde.

D’après I.Ramonet, Président de l’association Mémoire des Luttes, présent à Rome

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