mercredi 12 février 2014

Pluies, tempêtes et inondations : quelle gestion du risque ?

Ce sont 4,5 millions de personnes qui vivraient en France sur des terres inondables ne couvrant que 3 à 4 % du territoire national. L’aléa inondation, de loin le plus fréquent, représente 80 % du coût global des catastrophes naturelles.

La répétition récente d’épisodes pluvieux intenses en Loire et Sillon (1er juillet et 19 septembre 2009, 1er février et 24 décembre 2013) y donne une forte actualité au problème qui se concrétise au local dans le vécu des gens, les sinistrés reprochant souvent aux pouvoirs publics de ne pas avoir anticipé les événements exceptionnels, de réagir toujours après les catastrophes et jamais avant. Ils se tournent alors, naturellement, vers leurs élus de proximité, municipaux. Mais aucun épisode pluvieux ne ressemble à un autre - intensité et périmètre - et la complexité de la problématique inondations est très grande.

Depuis la loi Risques de juillet 2003, la gestion des risques d’inondation se conduit à l’échelle des bassins et sous-bassins versants, suivant la directive cadre sur la politique de l’eau (DCE) de 2000. Les plans de prévention des risques (PPR) constituent la base d’une stratégie globale, incluant le développement urbain, ce qui implique une étroite collaboration entre les nombreux acteurs concernés : l’Etat, l’Agence de l’eau, le SDAGE (schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux), les collectivités locales, les communes et jusqu’aux particuliers.

Le territoire de Loire et Sillon présente la spécificité de combiner tous les types classiques d’inondations : de plaine, de crues torrentielles, au flanc de l’escarpement du Sillon de Bretagne, de ruissellement urbain et rural, de remontée des nappes phréatiques et de montée du niveau des marais estuariens en cas de marées de fort coefficient associées à une tempête.

La communauté de communes a d’abord établi un inventaire cartographique de ses zones humides (mares, ruisseaux et étiers, marais) dans ses huit communes, avant d’engager une “étude du risque inondation” concernant plus précisément trois communes : Savenay, dont le quartier et les quais de la gare SNCF ont été inondés à plusieurs reprises, la Chapelle-Launay et Prinquiau.

L’entretien et curage des fossés, douves et étiers, est partagé en réseaux primaire, secondaire et tertiaire, respectivement de la responsabilité du Syndicat du Bassin du Bassin du Brivet (37 communes), appuyé par les techniciens du Parc de Brière (18 communes), des  collectivités selon leurs compétences, et des particuliers propriétaires des parcelles, le plus souvent exploitants agricoles. En aval, la gestion du niveau d’eau des marais revient à la Commission syndicale de la Grande Brière Mottière, qui doit difficilement arbitrer entre les intérêts divergents des chasseurs, des pécheurs et des éleveurs du “marais indivis”.





























Les préconisations de l’étude inondations en Loire et Sillon, qui restent à peaufiner et valider, se chiffrent à plusieurs millions d’euros, hors de portée des seules communes. Ne sont subventionnables à 80% par l’Agence de l’eau que les travaux préventifs répondant strictement aux enjeux de biodiversité, de qualité de l’eau et de risque d’inondation, visant pour les cours d’eau - au nom de la “continuité écologique” - à retrouver la fonctionnalité naturelle de leur ancien lit, avec d’éventuels débordements à des endroits choisis. Des impératifs cependant peu compatibles avec l’artificialisation poussée d’un territoire fortement impacté par l’urbanisation et la densification des réseaux routiers et ferroviaires. Le remembrement d’il y a 30 ans n’avait déjà guère arrangé les choses. Aujourd’hui, tout aménagement est désormais soumis à une étude d’incidence environnementale préalable, avec des contraintes réglementaires fortes, la protection des personnes cédant ainsi clairement le pas à celle des milieux.

Dans l’immédiat de nombreux acteurs sont concernés et les particuliers touchés par les inondations récurrentes attendent pourtant des solutions concrètes et rapides, rassurantes. Même s'il n’y a pas de solutions trop simples à des problèmes très complexes, certaines mesures immédiates de bon sens peuvent et doivent être prises, comme le curage régulier des fossés et le débouchage des buses, parfois communales mais très souvent privées. En attendant, la répétition des “déclarations de catastrophes naturelles” rend les compagnies d'assurance plus prudentes : elles augmentent leurs primes et engagent des procédures contre les collectivités à qui elles feraient volontiers supporter toutes les responsabilités.


Quoi qu’il en soit, le dossier est ouvert et exige des réponses. Plus généralement, la répétition des épisodes pluvieux constituerait-elle une preuve irréfutable du “réchauffement” ou du “dérèglement climatique”, comme on le clame sans cesse dans les médias  ? C’est une toute autre affaire qui mériterait qu’on y revienne bientôt.

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