jeudi 19 décembre 2013

Territoires de l'égalité

Dans la Revue du Projet (PCF) de décembre 2013, un dossier sur "Les territoires de l'égalité". Décentralisation, métropolisation : deux mots au cœur des réformes de l'organisation du territoire que voudrait imposer le gouvernement. Que
cachent en vérité ces deux vocables ? Ce dossier veut y répondre. Au-delà, il esquisse le nécessaire projet alternatif d'organisation du territoire, mariant proximité démocratique et égalité citoyenne.

Acte III de la décentralisation ?

Dans un édito liminaire, Léo Purguette et Amar Bellal coordinateurs du dossier, en posent ainsi la problématique.
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"Au fil du temps, en effet, de transferts de compétences non compensés en
démembrement des services publics,la décentralisation est pour beaucoup
devenue synonyme de désengagement de l'État, d'éclatement de l'égalité républicaine voire de cheval de Troie de la construction libérale de l'Europe. Le récent texte de loi dit « acte III de la décentralisation », avant d'être découpé en morceaux pour mieux être avalé par la représentation nationale, a de quoi faire perdre le Nord aux progressistes.
En réformant la démocratie sans démocratie, il vide le mot décentralisation de son sens profond car à la source de l'idée de décentraliser, il y a la volonté de démocratiser. Lorsque l'on parle de décentralisation, il s'agit avant tout de décentraliser les lieux de prise de décision, de décentraliser le pouvoir politique, pour le mettre à portée de main populaire. Et c’est ce beau projet qui est attaqué quand la fiscalité locale est réformée avec la suppression de la taxe professionnelle sous la présidence de Nicolas Sarkozy, affaiblissant les collectivités et engraissant les puissants. C’est ce beau projet qui est attaqué quand la baisse des dotations de l'État est annoncée et mise en œuvre par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

La République centrifugée

Mais comme toute belle idée, celle de démocratie de proximité est bien sou-
vent utilisée comme paravent pour masquer de plus sombres projets : vider
les services publics de leur cohérence nationale ; dégager de nouvelles marges
de profits en évinçant le service public pour le privé ; attaquer l'égalité territoriale et le principe de l’unité et de l’indivisibilité de la République pour élargir le champ de la compétition aux territoires eux-mêmes. Rappelons-nous le slogan des enseignants lors des manifestations du printemps de 2003 contre le projet de décentralisation, alertant sur le risque d'une éducation nationale « à 22 vitesses ».
L'intérêt général prévaudra-t-il si la décentralisation s'applique dans le domaine de l'énergie par exemple ? Quel sens même pourrait-il y avoir à ne penser l’énergie que sous l’angle local : viserions-nous l’indépendance autarcique de chaque région, chaque département voire chaque canton, quand de grands équipements publics, performants et solidaires s’avèrent bien plus pertinents pour répondre aux besoins humains ? Toute décentralisation n’est donc pas souhaitable en soi, redisons-le.
Reste que notre ambition démocratique résumée par le cinglant et si juste « Prenez le pouvoir ! » a fait et continuera à faire des communistes des partisans de la décentralisation, à chaque fois que cela sera possible et souhaitable pour les intérêts populaires. C’est donc avec gravité et vive inquiétude que nous considérons l’action des derniers gouvernements : la décentralisation se trouve gravement minée et frauduleusement vantée dans le même temps.

Clivages à gauche

« L'acte III de la décentralisation », en particulier, marque dans ce contexte un bien regrettable clivage à gauche.
Le PS décentralise l'austérité et ne cache pas son obsession pour la « com-
pétitivité » quitte à perdre de vue l'objectif républicain d'aménagement du
territoire harmonieux. EELV tend à défendre un eurorégionalisme qui vise
explicitement au double affaiblissement de l'échelon communal et de l'État au prix d'un éloignement des citoyens des lieux de prise de décision et de menaces sur les services publics nationaux. Dans les deux cas, c'est la République centrifugée. Une République dans laquelle l'idée de décentralisation est corrompue, retournée contre le principe d'égalité.
C'est pourquoi les communistes se battent pour une VIe République qui refonde la démocratie de proximité en conjuguant liberté locale et solidarité nationale.

Au printemps 1793, un révolutionnaire symbolisant plus que quiconque la Montagne autant que la Société des Jacobins, Maximilien Robespierre, affirmait :

« Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner ; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui ; laissez aux communes le pouvoir de régler elles-mêmes leurs propres affaires, en tout ce qui ne tient point essentiellement à l’administration générale de la République. En un mot, rendez à la liberté individuelle tout ce qui n’appartient pas naturellement à l’autorité publique, et vous aurez laissé d’autant moins de prise à l’ambition et à l’arbitraire. »

Loin d’être un plaidoyer en faveur de la légendaire "centralisation jacobine" - expression aussi paresseuse qu’infondée -, ce discours n’offre-t-il pas une vision très actuelle de ce que pourraient être des territoires de l'égalité ?
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Pour télécharger la Revue du Projet : http://www.pcf.fr/sites/default/files/rdp-32_v10_rdp-1_6.pdf

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