lundi 23 septembre 2013

"Les périurbains aussi ont droit à la ville" Eric Charmes


Dans Place publique #41 septembre octobre 2013 p.47-50. En vente partout, 160 p.,10 €.

Résumé : Et si la question aujourd’hui n’était plus celle du rapport entre ville et banlieue, mais entre ville et périurbain ? C’est la thèse défendue par Éric Charmes pour qui il faut d’abord cesser de stigmatiser les périurbains sous prétexte qu’ils ont choisi – ou ont été contraints – de vivre loin des centres-villes.

Extraits :

Place publique : Peut-on dire que la différence entre ville et banlieue marque un changement d’époque ? La banlieue, contemporaine de l’industrialisation, et le périurbain, lié à la consommation de masse, notamment à l’usage généralisé de l’automobile ?
Eric Charmes :  En effet, le périurbain, ou ce qu’on a aussi appelé la rurbanisation, apparaît en réalité comme concept dans les années 1960, mais n’a cessé de s’intensifier depuis. Jadis, les villages des campagnes proches des villes sont devenus des faubourgs, puis des banlieues et parfois des quartiers rattachés à la ville centre. Mais aujourd’hui, les nappes urbaines englobant ville centre et banlieues ne s’étendent plus  beaucoup, en tout cas sûrement pas de façon continue à la façon d’une tache d’huile. L’étalement urbain est désormais le fait de couronnes péri-urbaines successives, constituées de villages, de bourgs et de petites villes intégrées dans l’orbite d’une ville voisine. L’extension de ces couronnes est très rapide.

Place publique : comment gouverner un territoire aussi émietté ? 
Eric Charmes : Pour le périurbain, tout reste à faire. Comment incarner politiquement  à la fois la relation de dépendance et la volonté d’autonomie par rapport à la ville centre ? Dans ce jeu d’ailleurs, le périurbain n’est pas toujours en position dominé (…) Mais l’essentiel pour commencer est la prise de conscience du problème et de sa nature : le périurbain c’est autre chose que la banlieue. Et il faut arrêter de stigmatiser cet espace et ses habitants, souvent accusés de tous les maux : gaspiller les terres, aggraver l’effet de serre et voter Front national !  (…) La périurbanisation repose et redéfinit la question du droit à la ville. Quel accès aux emplois, aux services et aux équipements de la ville pour les périurbains ? Il devraient, en tout cas, eux aussi, bénéficier du droit à la ville que les banlieusards ont fini par acquérir, au moins en principe (…).
C’est d’une campagne urbanisée qu’il s’agit ! Ce paradoxe résume bien en effet toutes les contradictions de l’espace périurbain., toute l’ambiguité du regard qu’on jette sur lui et sur ses habitants.

A lire également sur ce blog : droit à la ville
et Ville émiettée et "clubbisation" du périurbain (Eric Charmes)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire