jeudi 29 août 2013

Syrie. "Il ne faut pas céder aux va-t-en-guerre"

Dans l'Humanité du 28 Août 2013
Samir Aïta, économiste, membre
 du Forum démocratique syrien, organisation fondée en février dernier au Caire, autour de personnalités syriennes et de jeunes issus des mouvements révolutionnaires et civils. Il met en garde contre un scénario à l'irakienne.

Quelle est votre analyse de la situation actuelle en Syrie ?

Samir Aïta. On assiste à une guerre. Le régime syrien, avec son armée et ses milices, a perdu sa qualité d’État qualifié. L’opposition, quant à elle, se trouve dans une situation de chaos où les milices extrémistes dominent et imposent leur loi sur les zones dites libérées. La coalition de l’opposition est dans l’incapacité de faire le minimum pour aider les populations en détresse. C’est une guerre par procuration, où sont impliqués des combattants de différents pays, et même d’Europe. Les services secrets occidentaux, notamment français, y sont associés. Personne n’a vraiment voulu organiser l’Armée syrienne libre (ASL). Les pays du Golfe poussent, arment et financent les milices extrémistes.

L’utilisation des armes chimiques marque-t-elle un tournant ?

Samir Aïta. Le recours aux armes chimiques survient dans un contexte de violences extrêmes, commises à l’aveuglette. Leur utilisation est attestée. Mais pourra-t-on prouver qui les a utilisées ? La guerre a perdu le sens de toute limite qui pouvait s’imposer. En ce sens une « ligne rouge » a été dépassée. Les États-Unis ont pris position en fournissant les arguments des va-t-en-guerre comme les pays du Golfe, la France, la Grande-Bretagne et la Turquie. Les soutiens de la Syrie, la Russie et la Chine sont aujourd’hui en porte-à-faux.

Que va-t-il se passer maintenant selon vous ?

Samir Aïta. Je suis convaincu qu’il y aura une intervention. Reste à savoir de quelle manière ? Il n’y aura probablement pas de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Des frappes visant les infrastructures de la Syrie ou des bombardements plus ciblés reviendraient à reproduire un scénario à l’irakienne, avec des conséquences énormes pour toute la région. Les États-Unis porteraient une lourde responsabilité. Il ne faut pas qu’ils cèdent aux va-t-en-guerre au risque de faire sombrer la Syrie dans le chaos.

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