mercredi 6 février 2013

Jusqu’où faudrait-il s’adapter à tout ?


« Penser, c’est harceler le présent », expliquait Henri Lefebvre dans La Somme et le Reste, en 1959. S’y soumettre, c’est ne plus penser souligne d’emblée l’auteur de ce pamphlet vengeur, Harold Bernat.
Pour lui, ce qui est aujourd’hui inédit, c’est l’obscénité assumée avec laquelle les dispositifs anticritiques s’exposent sans avoir même besoin de se dissimuler derrière une idéologie. Comme s’il n’y avait plus aucun intérêt à travestir la réalité – ce qui est aussi la fonction du politique – les dispositifs anticritiques contemporains tendent vers un degré zéro de la politique, ou vers ce qu’on appelle improprement la "politique du fait accompli".
Il faut lire avec toute l’attention requise ces pages où est décrypté le programme de l’adaptation. Ayant postulé la fin des contradictions, le credo émancipatoire liquide pourtant la réalité, à travers un mouvement perpétuel de soumission à un état de fait permanent.
Mais, comme le soulignait déjà Nietzsche en son temps, dans Humain, trop humain, « l’accoutumance à des principes intellectuels sans raison est ce qu’on nomme croyance ». C’est que, pour l’auteur, l’habitude nous persuade toujours beaucoup mieux que la réflexion : « le triomphe sans partage de l’obscénité publicitaire ne s’est pas fait en un jour. Le massacre des zones périurbaines, l’asservissement au rythme des nouvelles technologies de communication, la production servile de soi sur le grand marché concurrentiel du positif réclament une acclimatation progressive qui nous empêche bien souvent de mesurer l’écart entre ce que nous sommes et ce que nous étions ».
Nous voilà tous mis désormais à l’école de Publicitus – cette belle trouvaille de Michel Clouscard – « nouvel ange des médias, plasticien de vos rêves pédagogiques, l’enchanteur de vos stages », qui plane au-dessus de nos têtes.
Examinant les rapports Réacs – Mondialistes, l’auteur explique que selon lui « la question n’est donc pas Où nous mène la mondialisation ? – question qui avait un sens au XIXe siècle – mais : Pouvons-nous, après la mondialisation, éviter la mayonnaisisation, c’est-à-dire la dilution des singularités culturelles et du génie des peuples dans la bouillie globale au service de la rentabilisation économique mondiale, des intérêts lucratifs, du tourisme planétaire et de l’obscénité marchande ? »
Des pages brillantissimes à lire, relire et méditer, pour ne pas « vivre et penser comme des porcs » comme nous en alertait, dès 1998, Gilles Châtelet.



Harold Bernat, « Vieux réac ! Faut-il s’adapter à tout ? », Coll. Antidote, Flammarion, 2012, 120 p., 8 € 

3 commentaires:

  1. C'est vraiment incompréhensible. C'est du langage d'intellectuel pour intellectuel.

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  3. Peut être trouverez vous utile de lire le petit ouvrage de Folliot (prof d'HG dans le 44, me semble-t-il, et comparse de Bernat) "Les réseaux sociaux rendent-ils idiot ? La société de l'évitement figurée par Facebook et Twitter est-elle encore apte au politique ?". J'ai découvert le livre de Bernat en lisant le sien.

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