samedi 8 décembre 2012

Gouverner par le chaos


Ce collectif anonyme s’attache à montrer comment en quelques décennies, « les pays développés sont passés d’un contrôle social fondé sur le langage, l’interlocution, la convocation linguistique de l’humain et l’activation de ses fonctions de symbolisation, à un contrôle social reposant sur la programmation comportementale des masses au moyen de la manipulation des émotions et de la contrainte physique ».
La politique qui était jadis l’art de réguler les contradictions d’un groupe par l’inculcation chez ses membres d’une Loi commune, un grammaire sociale structurante et permettant l’échange au-delà des désaccords, la politique est devenue aujourd’hui l’art  d’automatiser les comportements sans discussion. La fonction symbolique, c’est-à-dire la capacité de rationalisation des émotions et d’articulation dialectique de leurs contradictions dans un discours partagé, la capacité à se parler alors que nous ne sommes pas d’accord, clé de voûte de l’élaboration du sens commun d’un groupe organisé et du tissage du lien social, est directement attaqué par cette mutation.
L’ingénierie sociale met en œuvre des techniques de manipulation qui s’appuient sur les sciences de la gestion, une nébuleuse de disciplines qui ont constitué peu à peu un corpus cohérent à partir des années 1920 et dont la théorie de l’information et la cybernétique résument les grandes lignes idéologiques : les êtres vivants et les sujets conscients sont des systèmes d’information susceptibles d’être modélisés, contrôlés, voire piratés. Les plus connues de ces disciplines sont le marketing, le management, la robotique, le cognitivisme, la psychologie sociale et behaviouriste (comportementale), la programmation neurolinguistique, le storytelling, le social learning, et le reality building. A la différence des sciences humaines et sociales, ces sciences gestionnaires ne se contentent pas d’observer et de décrire leur objet d’étude, elles interviennent aussi sur lui dans le sens d’une ingénierie, par un travail de reconfiguration.
Par exemple, le management est l’art d’organiser les « groupes amis » - management positif – et l’art de désorganiser les « groupes ennemis » - management négatif. En politique, la maîtrise de cet art est plus importante que les idées elles-mêmes et que le débat sur les idées. Car si l’infrastructure des idées, c’est la capacité d’organisation des groupes humains qui les soutiennent, pour rendre impossible l’expression de telles idées sans jamais les censurer explicitement, il suffit de désorganiser le groupe qui les exprime.
Selon les auteurs, après des décennies de management négatif, sont devenues dominantes dans les classes populaires (petite bourgeoisie, classes moyennes, prolétariat), « les tendances sociétales pathologiques de dévaluation de la virilité, de survalorisation de la féminité, d’enfant roi hyperactif et de mépris pour les anciens, induisant pour finir une impuissance organisationnelle  totale ».
C’est ainsi que « toutes les classes sociales des pays développés peuvent entonner à l’unisson la maxime de la Jeune-Fille individualiste et du citoyen modèle des groupes dépolitisés : Aucune cause ne mérite que je me batte jusqu’à la mort pour elle, ma vie personnelle passe avant celle du groupe ».
L’ingénierie sociale génère finalement « un Nouvel Ordre Mondial fondé sur la stratégie du choc, le chaos planifié, les crises économiques ou sanitaires programmées, la Virtualisation du sens et le brandissement d’une "menace terroriste" pour justifier la surveillance concentrationnaire des populations ».

Coll. Anonyme, Gouverner par le chaos, ingénierie sociale et mondialisation, Ed. Max Milo, 2012, 94 p., 9,90 €.

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