mardi 12 juin 2012

Retrouver les "causes perdues" par Slavoj Žižek


Pour le philosophe Slavoj Žižek les idées vraies sont éternelles. Or les menaces écologiques, économiques et cybernétiques qui pèsent aujourd’hui sur nous font surgir la chance unique de réaffirmer quelques enseignements qu'on prétendait engloutis dans le bain de sang de l'histoire. Et ce qui aurait dû être mort et enterré, ce qui a été discrédité de fond en comble, opère sous nos yeux un retour en force. 
Dans le préambule de cette nouvelle édition en Français, l’auteur souligne cependant que « long est le chemin qui reste à parcourir, et nous allons bientôt devoir affronter les questions véritablement épineuses, portant non sur ce dont nous ne voulons pas, mais sur ce que nous voulons réellement. Quelle forme d'organisation sociale peut remplacer le capitalisme actuellement existant ? De quel nouveau type de dirigeants avons-nous besoin ? Et quels organes, y compris ceux de contrôle et de répression, seront nécessaires ? Il est clair que les alternatives du XXéme siècle n'ont pas fonctionné. Même s'il est exaltant de connaître les plaisirs de l' "organisation horizontale", de s'immerger dans les foules protestataires, foyers de solidarité égalitaire et de débats bouillonnants, ces derniers devront non seulement fusionner autour de quelques signifiants - maîtres, mais aussi fournir des réponses concrètes à la vieille question léniniste : "Que faire ?" »
Il se livre ici dans cet objectif à un vibrant plaidoyer en faveur d’"intellectuels radicaux",   des penseurs que la "police philosophique" a un peu trop vite jugés antidémocrates. Successivement : Platon et son "roi philosophe" ; Nietzsche et sa "volonté de puissance" ; Heidegger tenté par le national-socialisme ; et Foucault enthousiasmé par la révolution iranienne. A travers eux, Žižek renverse les perspectives : il dissèque leurs dérives, "sur le fil du rasoir", comme autant de "bons pas dans la mauvaise direction", avec l’objectif de nous rappeler, sous un jour nouveau, tout le "potentiel émancipateur des échecs passés".
Avec ce nouvel ouvrage combatif, d’une profusion foisonnante difficile à résumer, Žižek cherche le noyau de vérité des causes prétendument perdues et délivre un véritable acte de foi. Il trace des voies politiques concrètes, celle d‘une "version réinventée de la dictature du prolétariat" fondée sur le volontarisme, d’une justice strictement égalitaire et de la confiance retrouvée dans le peuple.
Celle des "causes perdues" qui l’intéresse le plus est à l'évidence celle du communisme. Avec cette conclusion : « De nos jours, le communisme ne désigne pas tant une solution qu’un problème ; la problématique des communs dans toutes ses dimensions – celle des communs de la nature comme substance de nos vies, celle de nos communs biogénétiques, de nos communs culturels (la "propriété intellectuelle"), et surtout la problématique des communs en tant qu’espace universel de l’humanité duquel nul ne devrait se voir exclu. C’est pourquoi, notre horizon doit rester communiste – non comme un idéal inaccessible, mais en tant qu’espace mental dans lequel nous évoluons. Est-ce impossible ? Notre réponse devrait inverser le paradoxe du fameux slogan : "soyons réaliste, demandons l’impossible". Aujourd’hui, la véritable utopie est de se convaincre que nous serons capables de résoudre nos problèmes par de modestes transformations du système existant. L’unique option réaliste consiste à accomplir ce qui semble impossible à l’intérieur de ce système.
L’horizon communiste est peuplé des siècles de rébellions radicales d’inspiration égalitaire qui, de Spartacus à nos jours, ont échoué – oui, toutes ont été des causes perdues, mais, comme Chesterton l’a écrit dans Le Monde comme il ne va pas, "les causes perdues sont précisément celles qui auraient pu sauver le monde" ». 

Slavoj Žižek, "Pour défendre les causes perdues", Flammarion, 2012, 375 p., 26 €.

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