mardi 8 mai 2012

Comment être écolo ? Pour une écologie libertaire de l’autonomie


L’auteur part de ce constat que, dit-il, la "secte" écolo-citoyenne possède ses prophètes : du botaniste au paysan en passant par l’agronome, ils sillonnent le territoire et apportent la bonne parole à des auditoires conquis d’avance. Les agglomérations, telle Nantes, sont entrées dans la course au "développement durable", en quête du nouveau Graal, le label "écocité".

Certains résistent pourtant à un tel matraquage en refusant, au nom de leur liberté, de faire contrition en lieu et place des puissants ou de faire le jeu d’un "capitalisme vert" saisi par le greenwashing, dernière "ruse" du capitalisme en crise. Recyclage d’ailleurs réussi. « Dans la "société civile", de nombreux citoyens se sentent investis d’une mission évangélisatrice et inquisitrice : répandre la bonne nouvelle du développement durable et traquer les récalcitrants ». Ils trouvent appui auprès de toute une technocratie verte, tatillonne et volontiers répressive à l’égard des réfractaires.
  
Mais un rejet épidermique de telles dérives doit se distinguer de l’indifférence ou du cynisme, ne constituant pas une prise de position politique ou éthique alternative. En « se refusant à promouvoir un quelconque idéal de substitution, le cynisme peut se transformer en posture, nourrir la démission et l’irresponsabilité ». Mais il peut être aussi un point de départ pour une réflexion critique à peine amorcée qui vise à répondre à cette question : « le souci de la nature est-il constitutif de tout engagement politique ou un phénomène contingent, attaché à une société en mal d’avenir ? ».

Pour ce qui est de la critique, l’auteur considère que la plus grande menace pour l’écologie politique est en elle-même, sous la forme d’une maladie auto-immune qu’elle sécrète et qui a pour nom l’écocitoyenneté.  « Les petits "soldats verts" se répandent à une allure folle dans l’organisme. Peut-être vous ont-ils déjà converti à la religion du petit geste ? Ils ne jurent que par le développement durable, pratiquent le tri sélectif, achètent leur produits dans les coopératives bio, sont incollables sur le réchauffement climatique ». L’écocitoyen, tel Saint-Paul sur la chemin de Damas, a été converti. Il croit que les experts et les prophètes ont raison et que nous courons à la catastrophe.

Pour l’auteur, la politique des petits gestes, si rassurante soit-elle, dessert pourtant la cause écologique. « Non seulement ceux-ci restent en grande partie inefficaces, mais ils occupent l’espace de changements plus décisifs. Trop occupé à trier ses déchets, à réduire son empreinte écologique, l’écocitoyen ne voit pas souvent plus loin que son bac à compost ».

Or la préoccupation écologique devrait plutôt nous conduire à interroger notre façon de penser l’homme et la politique, en ayant à l'esprit l’autonomie humaine comme projet. Elle doit devenir « la condition d’une écologie réelle, c’est-à-dire qui ne sert pas simplement de caution à un système mortifère, mais contribue à le renverser ». Dès lors, la solution des problèmes écologiques passe inévitablement par la suppression de toute forme de domination. Pour Murray Bookchin, « une société écologique doit être non-hiérarchique, sans classes, si l’on veut éliminer l’idée même de domination sur la nature, ce qui présuppose que l’écologie ne peut se réaliser que dans et par l’anarchie », estime-t-il. En lieu et place de l’écocitoyenneté, jugée trop timorée et mensongère, ressurgit alors le spectre de l’anarchie.

En vérité, pour en finir avec les pseudo-experts autoproclamés, « anarchie et démocratie reposent sur le présupposé que nul n’est plus compétent que les autres pour prendre des décisions concernant le bien collectif ». Chacun, étant partie prenante de ce bien doit contribuer à sa définition. Sur un territoire donné, « les habitants décident ensemble de ce dont ils ont besoin et de la manière de le produire. Ils allient autonomie et autarcie ». Ils sont alors "écoresponsables", mais d’une manière très différente de ce que ce terme désigne d’ordinaire. « L’éconanarchisme ouvre la voie d’une responsabilité, assumée collectivement, de notre apport à notre milieu de vie », et à un "municipalisme libertaire" qui nous reterritorialise dans notre milieu de vie quotidien. Alors que l’écocitoyenneté renforce l’individualisme des sociétés libérales, une telle démarche de transition, au-delà des relations affinitaires, donne, ici et maintenant, une place centrale au collectif. L’enjeu n’est plus seulement de protéger la planète, mais de retrouver une qualité de vie dans l’autonomie. « A des lieues de l’utopie, l’éco-anarchisme est la voie la plus réaliste, pour construire une "écologie de la liberté" ».

Samuel Pelras, Un geste pour la planète. Peut-on ne pas être écolo ?, Ed. Flammarion, 2012, 120 p., 8€.

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