lundi 2 janvier 2012

Antennes relais, ondes Wifi, 3G+… Faut-il avoir peur des champs électromagnétiques ?


Le caractère insaisissable des champs électriques et magnétiques les prédisposent à susciter des sentiments partagés et opposés. Avec l’utilisation croissante des ondes dans toutes sortes d’applications techniques, entre ceux qui affirment que « votre téléphone vous tue » et ceux qui soutiennent que « le risque n’est pas prouvé scientifiquement », le débat tourne vite au dialogue de sourds.
Pour l’auteur helvétique, Pierre Zweiacker, de cette solide et dense mise au point, « les rayonnements induisent un risque qu’il convient de ne pas dissimuler, pas plus qu’il ne convient de l’exacerber ». La manière pertinente « de réagir face à un risque ne consiste pas à avoir peur, mais à l’analyser, à en évaluer l’ampleur, à mettre en œuvre des mesures de prévention ». Ce scientifique rappelle qu’en science, « la preuve est définie comme la convergence de plusieurs études indépendantes. C’est dire que même si elle remplit toutes les conditions de la rigueur (…) une étude isolée ne peut à elle seule constituer la preuve scientifique de quoi que ce soit ».
Les premiers chapitres donnent toutes les informations clés sur des rayonnements qui sont omniprésents : orages, structures des fers à béton et du mobilier métallique, transports à courant continu, réseaux de chemins de fer et d’électricité haute tension, appareils électroménagers, cuisinière à induction, fours micro-ondes, portiques antivol des magasins - quelle qu’en soit la technologie -  Internet (ADSL, Wi-Fi, WiMax), radio, télévision, et enfin téléphonie sans-fil et mobile.
Sur ce dernier cas, le plus polémique, « le problème des dangers que pourrait présenter l’usage d’un téléphone mobile se présente aujourd’hui comme un vaste chantier, dans lequel il est extrêmement difficile de séparer les aspects scientifiques des intérêts économiques et des proclamations idéologiques ». Mais les informations des premiers chapitres montrent que « la question ne se résume pas à trancher entre dangereux et pas dangereux, mais que le risque doit être quantifié séparativement pour ses différentes sources (le téléphone lui-même ou les antennes relais), ses différents modes d’utilisation (intensif, occasionnel ; à l’extérieur, en milieu fermé, relativement à différents organes (cerveau, cœur, organes génitaux), et sur chaque organe, pour différentes pathologies ».
Pour l’instant, les études scientifiques - qu’elles soient biologiques, toxicologiques ou épidémiologiques - ne permettent pas de lever les doutes sur la nocivité des champs électromagnétiques, les effets les mieux établis étant essentiellement thermiques. « En ce qui concerne les effets non-thermiques des rayonnements de la téléphonie mobile, la connaissance en est au stade exploratoire, surtout pour ce qui touche aux techniques les plus récemment mises sur le marché, comme l’UMTS. Malgré le nombre important d’études (plusieurs milliers) réalisées sur ce sujet, on peine à dégager des conclusions qui ne soient pas contredites par d’autres ».
Les risques potentiels qui peuvent en découler concernent des centaines de millions de personnes, alors que « la science est loin de disposer du temps nécessaire pour évaluer ces risques, avant que de nouvelles techniques envahissent déjà le marché (Wi-Fi, Wimax, DAB, DVB-H, etc.) ». Dès lors, « face à un fatras de bonnes causes, d’intérêts financiers et de lacunes scientifiques, voire de calculs politiques, il importe moins de brandir telle ou telle étude qui dit ceci ou qui dit le contraire, que de mettre un peu d’ordre dans le débat ».
Pour décider d’accepter ou de rejeter une technologie, il importe donc d’examiner les avantages et les risques que présente chaque option. « L’attitude un peu trop répandue qui consiste à exiger tous les avantages et à refuser tous les inconvénients [syndrome NIMBY],, relève tout simplement de l’infantilisme ». 
L’auteur estime que, « même sous sa forme apparemment la plus mûrement réfléchie, le principe de précaution consiste essentiellement à prendre des mesures fondées sur rien, pour faire face à un risque dont on ne sait pas grand-chose ». Il lui préfère un principe de vigilance, variante anglo-saxonne pragmatique [ALARP], évitant la référence explicite à la  notion – hautement ambiguë - de certitude scientifique, et assumant, en outre, l’idée de s’attaquer à des risques hypothétiques, plutôt que de s’en prendre à des risques jugés graves et irréversibles, mais mal établis. Aussi, conclut-il, « dès l’instant où un tel danger apparaît plausible, au point d’engendrer éventuellement un problème de santé publique, il incombe aux États de prendre les mesures nécessaires afin de gérer le risque qui en découle et de protéger leurs populations ».
P.Zweiacker, Vivre dans les champs électromagnétiques, Ed. PPUR, Lausanne, 2009, 138 p., 25 €.

1 commentaire:

  1. Le tribunal administratif de Nantes vient de donner raison au préfet. Le juge a suspendu, ce mercredi après-midi, la délibération du conseil municipal de Varades votée le 6 septembre. L’Etat attaquait la décision des élus qui avaient choisi de fixer une valeur limite d’exposition aux ondes très inférieure aux normes en vigueur. « Une manière d’ouvrir le débat et de rester vigilant sur les questions de santé publique », explique le maire, Dominique Tremblay. Le premier magistrat de la commune s’empresse néanmoins de préciser qu’il ne s’agit pas d’une démarche passéiste : « Nous avons tous besoin de téléphoner. Nous ne sommes pas opposés au progrès. Le problème n’est pas là. »

    Face au tribunal administratif, la préfecture a argué que, dans une récente décision, le Conseil d’Etat a déjà tranché ce débat : le maire ne dispose pas de pouvoir de police en matière d’ondes électromagnétiques. Elle repose exclusivement entre les mains de la police spéciale des ondes magnétiques.

    Le tribunal a retenu l'argument de droit, précisant que le débat politique, lui, n’était pas de son ressort.

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