mardi 8 mars 2011

"L’écologie en bas de chez moi" légor Gran



L’écologie bobo étrillée
L’auteur nous prévient : « Un voisin durable, c’est un voisin qui trie ses déchets et me surveille pour que j’en fasse autant. Une amitié durable, c’est une amitié où l’on ne met pas en danger l’avenir de la planète, même en paroles. On évite d’aborder  les sujets qui fâchent. On gobe le discours moralisateur avec le sourire. On accepte l’opportunisme marchand en ouvrant son portefeuille. On se garde de penser sans gourou, sans nounou. On se retient. Ce livre raconte comment je ne me suis pas retenu ».
Car Iégor Gran se fait ici le porte parole inspiré d’un ras le bol qui monte. Pourquoi serait-il donc le seul à ressentir le grotesque des discours moralisateurs ; l’insupportable opportunisme marchand des uns et des autres ; le culte païen du déchet et du tri sélectif ; et cette curieuse manière d’idolâtrer la science quand elle prédit l’avenir le plus sombre, tout en la rejetant dès qu’elle apparaît en moteur de progrès ?... Comment les Français, ce peuple frondeur - au moins en paroles, sinon en actes -, en sont-ils arrivés à se plier au rite postmoderne des "petits gestes du quotidien pour sauver la planète", à cette orgie du bien pratiqué à dose homéopathique, mais imposé massivement à tout le monde ?
« Nous avons donc aujourd’hui une foire à la bonne conscience, avec des clients qui en cherchent et des fournisseurs qui répondent aux besoins, le tout obéissant  à la loi de l’offre et de la demande, comme pour le dentifrice, ce qui permet d’en fixer le prix. Il semble cependant que le marché de la bien-pensance réponde davantage à la loi de Say (l’offre crée sa propre demande) qu’au réalisme désabusé de Keynes ("à long terme, nous serons tous morts"). »  
Dans ce déferlement de bonne conscience, le plus terrible est que l’on nous pousse à ne plus penser, à mettre un sérieux bémol à la culture et à la civilisation, au nom d’un danger imminent, et d’un alarmisme généralisé. « Il est entendu que l’écologie est une obligation collective, unissant dans un effort commun le jeune et le vieux, le malade et le bien-portant, l’obsédé et le chaste, le bac moins cinq et le normalien, le riche et le pauvre, le chauve et le poilu, par-delà nos différences de culture, de bêtise et de libido ».
Car le prurit DD (développement durable) provoque une démangeaison généralisée. « Pour le moment, la démangeaison est rentable. Politiquement, que l’on soit de droite ou de gauche, quand on a besoin de paraître fédérateur, c’est une huile à discours sans pareille. Le carriéristes y ont décelé un formidable miroir aux alouettes. Elle est portée en triomphe par les médias qui se nourrissent de spectaculaire formaté. Se ramifiant tous les jours, rodant son discours, jouant de l’effet de masse, l’idéologie conquiert de nouveaux horizons. Le consensus de la peur progresse. Pire, des types intelligents et cultivés changent de trottoir en me voyant. Le leur, bordé de poubelles multicolores, de tramways à énergie propre, d’arbres où gazouille la biodiversité, les conduit vers un avenir Playmobil qui leur paraît être le seul possible. Au nom du pragmatisme ils veulent bien s’asseoir sur ce qui fait l’intérêt d’être un sapiens, notamment sur quelques principes civilisateurs. Car le b.a-ba de l’humanisme, c’est de voir en chaque être humain une richesse pour le monde et non une bouche à nourrir, un tube qui produit du CO2, un ver intestinal de la nature. Comprenez mon pessimisme ».
Et comme le "développement durable" est une idéologie très transversale, il permet à l’auteur d’aborder chemin faisant les sujets aussi variés et passionnés que les limites de la science, l’opportunisme politique, l’économie de marché, les rapports Nord-Sud, l’avenir de la civilisation, le rapport aux croyances, le rôle de la culture, etc.
Iégor Gran ne s’en prive pas, concevant son livre autour du récit central de son parcours en dissidence, avec des notes infrapaginales où il décrypte certains abysses de la bêtise humaine : son récit de sa visite au salon « Planète durable » est digne de Desproges. Car il s’agit bien au final d’un récit autant que d’un essai, d’une autofiction, tout autant que d’un roman,  inattendu, jubilatoire, vengeur et salutaire.

L’Écologie en bas de chez moi de Iégor Gran - Editeur : P.O.L., février 2011 - 224 pages - 15,5 €

Dans la presse :

Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur : "Oh, comme ça fait du bien, un livre pareil ! Qu’il soit de mauvaise foi, flirte avec la caricature et multiplie les provocations ajoute au malin plaisir du lecteur. Car, enfin, Iegor Gran, déjà coupable d’un brulôt contre les ONG, nous venge. De quoi ? Des photos (« le terrorisme des belles images »), des films manichéens et des leçons de morales de l’omniprésent Yann Arthus-Bertrand, ce Cousteau en hélico financé par Pinault. Des éco-écrivains et autres plumes vertes, Paulo Coelho, J.K. Rowling, ou Helen Fielding. Des menaces dont on fait l’objet si, d’aventure, on trie mal nos déchets. Du cynisme des grandes surfaces – de Monoprix à Carrefour – qui jurent, dans leurs rayons, « sauver la planète » et « agir responsable ». Des tirades apocalyptiques sur les pets des vaches. De l’ordre vert, son ambigu malthusianisme, ses poncifs guimauve, ses poses avantageuses, son vocabulaire d’illuminés, et sa novlangue pareille à un meuble Ikéa. Et surtout, du manque absolu d’humour. À mi-chemin du pamphlet (Iegor Gran a commencé sa croisade par un coup de gueule dans « Libé »), de la chronique domestique (son ami Vincent lui fait la guerre) et du reportage (sa visite au salon Planète durable est digne du meilleur Desproges), le livre de Iegor Gran n’est même pas imprimé sur du papier recyclé. Pas jetable, donc, mais durable. Et savoureusement irresponsable".

Christine Ferniot, Télérama : "Iégor Gran ne se rendra pas au salon Planète durable, car il ne trie pas ses déchets, se moque de la compensation carbone, déteste Yann Arthus-Bertrand et le commandant Cousteau. [...] Ce garçon ne respecte pas la planète ni les écoresponsables qui lui gâchent son bain quotidien. Bougon, cynique, il décortique les slogans publicitaires, donne sa version personnelle des gaz à effet de serre et manie le pamphlet à coups de marteau-pilon. [...] Cette nouvelle fable est comme une torpille, elle détruit tout sur son passage, à commencer par ses malheureux voisins qui vénèrent le film Home et s’en mordront les doigts. [...] Imposant l’absurde et le grotesque, Iégor Gran est un provocateur, il fait grincer des dents, secoue les idées reçues, refuse l’opportunisme."

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