dimanche 9 janvier 2011

Ville, paysage et démocratie : la fabrique de l’espace public

L’espace public ne peut plus se concevoir comme auparavant. L’urgence d’une ambitieuse politique du paysage s’impose à mesure que le lien social  se désagrège au rythme de la rénovation des centres, de l’étalement des périphéries et de « la mise sous cloche d’espaces au nom du développement durable ». A quelles conditions reste-t-il possible de reconquérir le territoire, pour en faire un espace véritablement public ? L'auteur répond : à travers une politique rénovée du paysage.

Malgré la crise actuelle avérée de l’espace public,  observe-t-il, celui-ci reste cependant le ciment de la ville, car « c’est là où s’articule le social et le spatial ». Or, dans l’immédiat, l’espace public reste plutôt considéré comme une « panacée urbanistique, instrument de l’encadrement biopolitique des citoyens ».

Cependant, quand la politique française du paysage marque ainsi le pas, la "durabilité" ne constitue pas pour autant un projet alternatif de société, le développement durable étant trop marqué par son "abstraction" et son "glissement techno-environnemental", souligne l'auteur.

Il plaide donc en faveur d’une forme nouvelle d’espace public, sur la base du « principe d’une sociabilité depuis soi et à distance des autres ». Selon lui, seul le paysage, en tant que « forme de l’espace public », porteur de « l’idée de permanence et de continuité spatiale », est aujourd’hui en « capacité de répondre aux défis de la ville contemporaine ».

Une production renouvelée de l’espace public devrait dès lors se caractériser, quant à elle, par la « nécessité d’une démarche de projet », avec une "démultiplication" de ses acteurs et la "circularité" de son processus.

Denis Delbaere, "La fabrique de l’espace public : ville, paysage et démocratie", Ellipses, Coll. La France de demain, 2010, 190 p., 10 €.


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Bonne feuille : La durabilité n’est pas un projet de société 

" Une politique d’aménagement du territoire uniquement fondée sur la dimension environnementale du "développement durable" ne peut qu’échouer… Si l’écologie dispose aujourd’hui d’une telle audience, ce n’est pas à cause du projet de société qu’elle porte, mais parce qu’elle représente un critère technique d’évaluation et de validation électorale. Quelle commune de France ne se vante pas, aujourd’hui, "d’agir pour l’environnement", chaque fois qu’elle engage un projet et quel que soit ce projet ? Le durable n‘est donc ni un projet de société, ni un projet tout court. De fait, il ne peut produire que du normatif, c’est-à-dire un affaiblissement nouveau de la liberté de création. A défaut de formes et d’espaces, il est facile de promouvoir des dispositifs techniques, labellisés HQE (Haute Qualité Environnementale). Et là, il y a un danger très réel, car lorsque la qualité spatiale des projets est évacuée au profit de critères techniques univoques mais abstraits, on peut légitimer les pires aberrations.
La présence quasi incantatoire du développement durable, au fond, constitue peut-être le dernier avatar de cette tentative de ressaisissement de l’espace public par le pouvoir politique. Le discours technique sur le territoire, reprend le contrôle du discours sur la ville
via l’environnement. Par ce biais, la dimension sociale, tout à la fois subjective et collective, du territoire en tant qu’espace public, dimension portée par le paysage, est oubliée.
Mais cet oubli ne peut être que momentané, car les politiques de développement durable ainsi réduites à l’énoncé de nouvelles normes échoueront non seulement à résoudre les problèmes environnementaux contemporains, mais aussi à composer un espace ouvert à tous. Alors il faudra bien que la société civile reprenne la main, et fasse valoir son désir d’espace public, qui est aujourd’hui un désir de paysage."


Denis  Delbaere

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