dimanche 19 décembre 2010

Nouveau regard sur le Congrès de Tours ?

Né officiellement de la scission opérée au Congrès socialiste SFIO de Tours - il y a tout juste 90 ans - le PCF puise davantage selon l’auteur ses origines profondes dans la crise politique ouverte en 1914 avec l’assassinat de Jaurès puis dans le Choc de la Grande Guerre, que dans son ralliement aux 21 conditions d’adhésion à la IIIème Internationale et de soutien à la révolution bolchevique de 1917. On ne saurait cependant le suspecter d’une quelconque complaisance ce jeune historien à l’égard du PCF. Pour lui, c’est un "astre mort" et  « le communisme forme désormais un système clos ».

S’appuyant sur de nouvelles sources, l’auteur élargit la focale avant et après 1920, de 1905 à 1925. Il analyse la crise de conscience du socialisme français, frappant le parti de Jaurès avec la guerre. Il trace des portraits des militants socialistes sous l’uniforme et établit la montée en puissance d’une "minorité de guerre", opposée à l’Union Sacrée et à la participation SFIO au gouvernement, à la stratégie et à la diplomatie de guerre. Après l’armistice, cette génération des survivants s’engage dans l’engrenage de la scission qui s’opère au Congrès de Tours.

Pour l’auteur, de nouvelles sources « permettent d’apprécier plus justement les effectifs, les ressources et l’implantation de la minorité de guerre et les groupes prosélytes en pointe du combat pour l’adhésion au bolchevisme au sein du parti socialiste. Une sociologie historique de la relève communiste devient désormais possible. Ces sources nouvelles permettent ensuite de restituer, dans sa diversité, l’état d’esprit d’une jeunesse livrée à l’activisme politique par la Première Guerre mondiale. Elles dissipent enfin les dernières légendes qui entourent encore l’événement mythique du congrès de Tours ».
Dans les années 20, la construction d’un "parti de type nouveau",  se traduit par la mise en place d’un "appareil inquisitorial" interne, inspiré du bolchevisme, qui marquera durablement le PCF, au-delà ce « premier communisme français ».

Au total, un certain recentrage sur les origines nationales du parti communiste français. L’auteur prend d’ailleurs quelques distances avec la thèse d’Annie Kriegel de la "greffe externe". Pour lui, cette « hypothèse "accidentaliste" n’est pas exempte de critique », et il « n’est désormais plus possible, avec un demi-siècle de recul, de s’en tenir là » (p.20-21).
Même si le préfacier, Marc Lazar, tente de rattacher ce livre, contre toute évidence, « à une histoire conceptuelle du politique, inspiré de François Furet », force lui est cependant de souligner - outre l’intérêt et les qualités du livre - qu’à « la lecture de Camarades !, il ressort que le communisme naissant résulte de la conjonction de la guerre, redoutable accélérateur de la modernité, de l’action concertée de l’IC [Internationale communiste], de l’existence d’un humus français, et de la volonté de régénération et d’assurer une relève générationnelle dont font preuve les socialistes ».

Une lecture de qualité et de grand intérêt, qui s’écarte de toute approche commémorative ou mémorielle de l’histoire, fut-ce celle du PCF.

Romain Ducoulombier, "CAMARADES ! La naissance du parti communiste français", Ed. Perrin, 2010, 432 p., 23 €

Lire l'analyse de François Ferrette sur ce livre 

Lire également : "La préhistoire du Parti Communiste en France" de Valéry Rasplus

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