samedi 27 novembre 2010

Qu’ils s’en aillent tous ! Mais comment donc ?

Ce petit livre, best-seller politique, se lit rapidement, d’une seule traite. Le style en est alerte et vigoureux, le talent de tribun incontestable. Son titre – Qu’ils s’en aillent tous ! - en devient, page après page, le leitmotiv. Un "slogan" qui doit devenir demain, l’auteur en est convaincu, celui de millions de gens. Qu’ils partent donc tous : « les patrons hors de prix, les sorciers du fric, les émigrés fiscaux, les griots du déclinisme, les antihéros du sport. Du balai ! Ouste ! De l’air ! ». Et, comme c’est déjà le slogan des Révolutions récentes de l’Amérique latine, ce serait donc également "possible" en France. Populisme ? L’auteur dit "l’assumer".

L’instrument d’un tel coup de torchon devrait être la "Révolution citoyenne". L’orateur dit avoir testé en meeting les formules successives de "révolution par les urnes", puis celle de "révolution démocratique". Mais - à l’applaudimètre ? -, c’est finalement celle de "révolution citoyenne" qui l’emporte. « Dans la révolution citoyenne, explique-t-il, la source du pouvoir est dans le peuple », et doit conduire à « un renversement de pouvoir », qui devra être tout à la fois et rien moins qu’« une révolution des institutions, des rapports sociaux et de la culture dominante ».
Ce livre - "volontairement bref", prévient-il - n’est cependant qu’un "croquis sommaire" sur la façon d’engager cette révolution citoyenne qui sera avant tout républicaine. Sa toute première étape devrait être de "convoquer une Assemblée constituante", pour une refondation républicaine qui appellera tous les Français à s’impliquer personnellement dans la réécriture collective du pacte qui unit Peuple et Nation (p.26). Mais, comme « notre monarque nous indigne (…) c’est surtout la tête qu’il faut changer ». Pour un "bon régime parlementaire", car « voilà la voie de la dignité civique » (p.33). En guise de 6ème République, n’est-ce pas plutôt la 4ème qui nous est dès lors promise ? Mais au-delà de l’étape inaugurale de la Constituante, l’auteur reste ensuite étonnement muet sur les stratégies et les alliances nécessaires pour lancer le "processus", le faire progresser et aboutir dans une démarche démocratique majoritaire.
Le constat économique et social, chiffré, est plus assuré. Il doit sans doute beaucoup à Jacques Généreux. L’auteur le résume ainsi : « La finance commande en tout et sur tous. Elle domine tous les pouvoirs et toutes les propriétés ? C’est la dictature de l’actionnariat. La valeur au poste de commande est la concurrence libre et non-faussée. L’idéal de mode de vie est la surconsommation ostentatoire. Des grands rouages économiques aux petites échelles intimes, tout est aligné sur les mêmes normes » (p.137). Ce qui, selon lui, devrait fatalement déboucher sur "notre" nouvelle Nuit du 4 Août !
Ce n’est ici que l’une des nombreuses références à la Révolution de 1789, de Condorcet (p.34) à Saint-Just (p.139), et à l’histoire de l’émancipation. Il en manque cependant une : celle de la célèbre "Parabole de Saint-Simon" datant de 1819, dans laquelle ce "socialiste utopique" dénonçait lui-même l’ensemble des innombrables parasites de la monarchie restaurée depuis 1815.  Mélenchon se voudrait-il, mais sans le dire, le Saint-Simon de notre temps ? Les profiteurs de notre monarchie républicaine d’aujourd’hui ne sont certes pas moins avides et inutiles. Pour autant, suffit-il d’invoquer ainsi les mânes de notre grande Révolution pour qu’ils s’en aillent tous d’eux-mêmes, sans s’accrocher plus longtemps à leurs privilèges ?
Veillons donc à ce que l’histoire ne se répète pas, surtout si ce doit être sous la forme d’une caricature, comme nous en avertissait déjà Marx. L’historien Albert Soboul a bien montré, en son temps, que 1789 était avant tout, « une révolution bourgeoise à soutien populaire ». La lecture de ce livre de J-L Mélenchon ne permet finalement guère de décider comment et dans quelle mesure sa "révolution citoyenne" serait, elle, à l’inverse, populaire à soutien bourgeois.

Jean-Luc Mélenchon, « Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne », Flammarion, 2010, 144 p.,10 €

Lire également : A propos du dernier livre de Jean-Luc Mélenchon par La Riposte

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