mardi 17 août 2010

"Philosophie de l’environnement et milieux urbains"

Dir. Thiérry Paquot et Chris Younès

Les auteurs partent d’un constat désormais évident : « dorénavant, que l’on adhère ou non au diagnostic des scientifiques qui annoncent et calculent le réchauffement climatique, aux économistes qui prévoient la fin prochaine du pétrole et autres matières premières, aux écologues qui alertent l’opinion sur la disparition massive d’espèces animales et végétales, sur la détérioration des écosystèmes, de la pollution des océans , des déserts, des montagnes, etc.,  il semble impossible de faire l’autruche et de mépriser la question environnementale ».
Pour répondre à ce défi les auteurs orientent ici leur réflexions sur le(s) milieu(x) urbains, pour signaler les obstacles épistémologiques, pointer les imprécisions, recenser les questions en suspens. Car nombreux sont, en effet, les termes à mieux (re)définir : qu’appelle-t-on "l’urbain" et que désigne-ton par "milieu urbain" ; les questions à poser, comme : une ville est-elle un "écosystème", et peut-on parler de "métabolisme urbain" ?; les expérimentations et les "politiques de la ville" à mener ? Pour que l’écologie se construise véritablement comme savoir scientifique, certaines notions sont donc à discuter et redéfinir, telles que celles d’"écosystème" et  de "biodiversité" qui, trop souvent, « sont transposées dans le champ de l’urbain sans aucune précaution ».
Au-delà des mots, dont la signification évolue dans des registres fluctuants, et à la manière d’appliquer la philosophie à ces nouveaux objets que sont l’"environnement" et l’"urbain", il ne s’agit pas seulement pour eux de penser philosophiquement la question environnementale, à l’heure de l’urbain généralisé, mais bien de suggérer des actions.
Pour les auteurs, face à l’ampleur des difficultés à résoudre et des défis à relever, la politique se retrouve donc en première ligne, tant au niveau local que planétaire, car « il convient de lancer le débat public et d’inventer les conditions démocratiques de délibérations, d’expérimentations et d’actions ». L’objectif étant « d’accompagner l’urbanisation planétaire en limitant les dégâts qu’elle génère, tant en ce qui concerne les écosystèmes qu’elle perturbe profondément, l’énergie qu’elle surconsomme, le gaspillage de terres et des forêts qu’elle colonise, que les inégalités sociales qu’elle accroît ou provoque, les contrôles politiques qu’elle induit, les révoltes qu’elle annonce, les conflits qu’elle engendre ».
La première partie, intitulée « des pensées à repenser », comporte une enquête étymologique et des contributions philosophiques sur « l’éthique environnementale » et la place de l’environnement dans les sciences sociales, à travers les esthétiques de la nature ».
Mais c’est surtout la seconde partie qui, sous le titre « l’urbain et ses paysages comme milieu », propose une série d’articles remarquables. L’un de Guillaume Faburel qui prend appui sur ses études des « conflits aéroportuaires » , dans une démarche comparative sur neuf cas cosmopolites. On pense évidemment au cas régional de Notre-Dame des Landes en le lisant.
Deux autres contributions, d’Eric Daniel-Lacombe et de Théodora Manola, abordent par ailleurs l’association entre paysage et environnement, pour une approche paysagère sensible de la question de l’environnement, aidant à dépasser la dichotomie stérile nature/société, encore trop fréquente dans la "vieille écologie" naturalisante.
Au total, des lectures très utiles pour l’approfondissement et l’enrichissement des problématiques environnementales relatives à l’urbain, mais qui n’ont évidemment pas vocation  à s’engager plus avant sur leur traduction politique de terrain qui reste donc encore largement à cerner et à concrétiser.

T.Paquot et C.Younès (dir.), "Philosophie de l’environnement et milieux urbains", La Découverte, 2010, 180 p., 17 €

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