mardi 10 août 2010

Les métropoles, occasion manquée ?

Selon l’auteur*, s'agissant des métropoles, « trois problèmes majeurs exigent un renversement radical avant qu’il ne soit trop tard : 
- une traduction institutionnelle anachronique ; 
- un système territorial fragilisé ; 
- une construction technocratique aggravant dramatiquement le déficit démocratique ».

De l'"aporie" métropolitaine

S’il est vrai que « les espaces métropolitains existent déjà et déterminent les conditions d’existence des habitants, des travailleurs, des individus de passage », l’auteur souligne cependant l’"aporie" – la vacuité - de la pensée métropolitaine. Dans la territorialisation de l’action publique le moment lui semble pourtant venu d’articuler les territoires fonctionnels réels de la métropole avec les espaces de gouvernement légal. Pour lui, « la bonne régulation politique de ces territoires suppose ainsi une articulation entre l’identification d’un périmètre pertinent d’intervention et un mode légitime de gouvernance ». Car, "si les métropoles ont reçu des compétences significatives, en matière économique mais aussi en matière d'aménagement, leur place et leur rôle dans le système territorial parmi les collectivités (concurrentes) restent encore à imposer".

Un big-bang cuturel

L'enjeu métropolitain est avant tout culturel et politique : il "met en question nos représentations de la ville, de "notre civilisation urbaine", de nos capacités à nous intégrer dans un espace constitué de flux, d'échanges, mais aussi de seuils incertains, de lieux relégués, évités, là où la territorialité et la citoyenneté ne vont plus de soi".
Selon D.Alcaud, plusieurs facteurs clés expliquent cette impasse :
- d'abord, parce que "la force de l'État central ne se dément pas, et ce malgré les étapes successives de la décentralisation" ;
- Ensuite, le fait que "les collectivités territoriales concourent par leur rivalités plus ou moins avouées à faire de l'Etat le pivot du système, même par défaut"
- Enfin, parce que "l'absence d'une culture politique urbaine apparaît comme un handicap décidément majeur pour l'émergence d'institutions territoriales véritablement démocratiques, efficientes et légitimes"
L'auteur fait alors référence à M.Lussault, selon lequel nous serions passés de "la lutte des classes" à la "lutte des places", alors que ""l'épreuve spatiale" semble devenue le cœur de toute réflexion sur la gouvernance des sociétés". Dommage que la véritable référence à cette idée d'"épreuve de l'espace", soit une nouvelle fois du même coup ignorée/occultée, s'agissant pourtant d'Henri Lefebvre dans la "Production de l'espace" en 1974 !

Du déficit démocratique à la « pédagogie métropolitaine »

Ce qui reste néanmoins frappant, c’est « la difficulté concrète d’élaborer et de mettre en œuvre une démarche collective sur les territoires, première étape constitutive d’une citoyenneté urbaine et métropolitaine inédite en France. D’une part l’ingénierie proposée est souvent reproductrice d’inégalités et de biais démocratiques ; d’autre part, on sait combien les acteurs publics sont actuellement souvent réticents à sortir de leur posture et s’attachent à instrumentaliser les moyens de ladite "démocratie participative" », n’ayant pas été « formés à ce nouvel esprit démocratique qui n’est pas nécessairement bien vu ou perçu comme sérieux ».
Même si ces  "acteurs publics" regrettent pourtant le fossé qui s’agrandit entre les professionnels de l’action publique et le reste de la population, et peinent à proposer une vision collective, un projet de société », comme tout un chacun, ils « ont peut-être aussi besoin de s’y retrouver, dans un espace métropolitain qui souvent nous échappe et nous inquiète … ou dont on attend rien ! ».

D’où, face à ce déficit démocratique aggravé, cet avertissement final de l’auteur : « Sans outils adaptés de pédagogie métropolitaine, sans moyens de médiation sociale, la réforme en cours ne fera qu’aggraver le manque de lisibilité des territoires et, au bout du compte, leur ingouvernabilité ». A la fin d’un diagnostic pertinent, une inquiétude légitime qu’on ne peut que partager.

* David Alcaud dans Esprit n°366 de juillet 2010, p.216-220

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