vendredi 16 juillet 2010

Communisme (2)

« Le philosophe et l’événement » : vers une troisième étape de l’Idée du communisme

Alain Badiou est l’un des philosophes contemporains les plus importants. Dans ce nouveau livre, "La philosophie et l’événement"*, répondant aux questions de Fabien Tarby, il nous guide dans un parcours qui explore quatre des principaux domaines de la philosophie : la politique, l’amour, l’art et les sciences.
Concernant le champ politique d’aujourd’hui, A.Badiou souligne d’abord que le point fondamental est, selon lui, qu’il n’y a pas seulement des adversaires, il y a des ennemis : «  des gens dont on estime proprement inacceptable la vision du monde, ce qu’ils nous infligent, ce qu’ils attendent de nous ».  Une clarification « toujours à l’horizon de la politique dans sa grande tradition révolutionnaire ». Alors qu’on a longtemps insisté sur l’idée que l’Etat était l’oppression réelle, pour Badiou, « de façon plus essentielle, il est ce qui distribue l’idée du possible et de l’impossible. L’événement, lui, va transformer ce qui a été déclaré impossible en une possibilité ».
Une façon de se préparer à l’événement, c’est la critique de l’ordre établi même quand il semble être maître des possibilités. Un travail critique en dernier ressort surhumain, car il propose au collectif, à l’humanité vivante, des possibilités à hauteur de ce dont elle semble capable. Loin d’un exercice intellectuel, une telle critique est d’abord « une fidélité à des événements du passé qui se donne dans des procédures pratiques, des prises de position, dans un militantisme qui conserve la mémoire des choses ».
Badiou appelle "Idée" ce qui nous propose l’horizon d’une possibilité nouvelle, au nom de laquelle on agit, on transforme, on a un programme. En ce sens, il parle aujourd’hui de l’Idée du communisme comme de celle qui veut que « l’action peut être animée par la conviction qu’un autre monde social, collectif, politique, est possible, un monde qui n’est d’aucune façon fondé sur la propriété privée et le profit ».
Il s’inscrit dans une séquence communiste, ouverte par la Révolution française, dont nous ne connaissons que les deux premières étapes de l’histoire. Nous n’en sommes qu’au tout début de la troisième, nous trouvant devant cette alternative : ou bien la catégorie de communisme doit être abandonnée, ou bien, si on ne veut pas se retrouver totalement dans le consensus, elle doit entrer dans une troisième étape de son histoire dont, par conséquent, on ne sait pas encore grand chose.
· Dans la première étape du communisme, celle de Marx au XIXe siècle, le communisme était une catégorie historique : « Marx subordonnait la politique à l’histoire, le communisme étant l’idée de ce qui allait se réaliser, historiquement, au terme de la lutte des classes ».
· La deuxième étape, celle des partis communistes du XXe siècle, était entièrement centrée sur la question de l’organisation. Alors, « "Communisme" n’est plus le nom de l’Idée générale de l’émancipation, mais le but d’organisations particulières, chargées de faire triompher effectivement et réellement l’insurrection populaire ».
· Pour aller plus loin, tout en restant fidèle au mot communisme, « il faut entreprendre le bilan de ces deux étapes. Ce n’est pas aux ennemis de la faire, c’est à nous. C’est plus efficace et prometteur, si on veut se préparer aux événements politique qui ne manqueront pas de se produire ».
Car, « quand on pense à la situation en Palestine, aux préparatifs de guerre contre l’Iran, à l’occupation de l’Afghanistan, aux millions de chômeurs provoqués par la crise financière,  à la destruction des services publics, aux lois scélérates contre les familles ouvrières venues de l’étranger, à la montée partout en Europe d’un chauvinisme et d’un racisme de sous-préfecture autrichienne, quand on voit les islamophobes hurler à la mort de notre civilisation, on se dit que le monde a sérieusement besoin d’une formidable injection de communisme ».
Pour lui, la question du communisme est donc celle de savoir s’il existe ou non, une authentique alternative globale quant au destin de l’histoire humaine. Qui soit porteuse d’expérimentations en situation, conflictuelles - pouvant aller jusqu’à des pratiques de désobéissance, de transgression, conduite par une organisation également expérimentée.
Belle réflexion philosophique à haute voix, abordable et suggestive. En un mot : utile.
*Alain Badiou, "La philosophie et l’événement", Ed. Germina,  2010, 182 p., 16 €.

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