mercredi 28 avril 2010

Nantes : effets urbains de l’emballement immobilier

Dans un numéro consacré à la gestion urbaine des inégalités socio-spatiales en France et au Brésil, la revue géographique Norois publie, entre autres, un intéressant article d’Isabelle Garat sur « l’emballement immobilier et ses effets urbains, l’exemple de Nantes ». Elle s’intéresse tout particulièrement aux programmes des promoteurs immobiliers et à leurs stratégies. Les logements neufs construits ne permettent pas de freiner l’étalement urbain et, malgré la croissance démographique et augmentation de l’offre, ils tendent à réduire la mixité fonctionnelle et sociale.

A Nantes, les contours du centre sont étirés vers les quartiers proches des lignes 1 et 2 du tramway. Les « mornes et interminables boulevards » décrits par J.Gracq dans "La forme d’une ville" sont devenus les lieux d’une construction frénétique. Commencée dans les années 1970 par quelques immeubles collectifs isolés, elle aboutit dans les années 2000 à de nombreuses opérations de promoteurs. Certains sont d’emblée régionalisés comme Bouygues, ou Fonta, Gambetta, Arc Promotion et Lamothe, groupes rennais, Kaufman & Broad, Marignan, auxquels il faut désormais rajouter Nexity, Icade, Promogin et d’autres. Au total, une trentaine de groupes - hors sociétés civiles et bailleurs sociaux - positionnés aussi bien dans le logement collectif qu’individuel, et dans tous les espaces : centre, banlieue et périurbain. La plupart sont liés à des groupes bancaires par des alliances issues des années 1990 et 2000 : Monné Decroix appartient au Crédit agricole, Ataraxia au Crédit Mutuel, Nexity à la Caisse d’Epargne.
Les élus nantais ont soutenu ces nouvelles constructions lors des réunions sur le PLU, dans les instances de démocratie participative, les conseils municipaux et les conférences métropolitaines. Sur la base de cinq types d’arguments : l’augmentation quantitative de l’offre de logement ; l’installation des entreprises du bâtiment comme signe de l’attractivité de la métropole ; une offre nouvelle de haute et moyenne gamme, gage de détente du marché immobilier; la densification, comme moyen de limiter l’étalement urbain ; et l’obligation faite aux promoteurs d’intégrer du logement social dans leurs programmes. Or, selon I.Garat, si « plusieurs de ces arguments paraissent discutables », un autre reste cependant non-dit, car « le soutien municipal aux promoteurs est évidemment lié aux ressources financières qu’ils procurent ». 


Certes, les ambitions quantitatives du Plan Local de l’Habitat (PLH) de 2004 ont été atteintes et même dépassées sur la période 2004-2009, un fait régulièrement rappelé par l’Agence d’Urbanisme (AURAN) et par les élus. Mais les ambitions du nouveau PLH de 2009 devront être maintenues, et c’est principalement dans les ZAC que l’objectif résidera de construire 900 logements sociaux par an, alors que dans les opérations diffuses, la place du logement social reste quasi nul.
Autant de signes que l’espace nantais, « dont le recensement de 1999 avait montré la croissance et l’attractivité » (…) est devenu dans les années 2000, « un espace concurrentiel où s’affrontent grands promoteurs à envergure nationale à l’activité parfois récemment régionalisée et promoteurs régionaux et locaux ».
Pour elle, « à une économie de production dont les usines se situaient dans la ville (chantiers navals, industries agroalimentaires) s’est substituée une économie immobilière qui construit des immeubles pour des catégories sociales supposées aisées et qui ne le sont pas toujours. Les logements sont occupés par des ménages souvent jeunes qui ne détiennent par encore, ou ne détiendront peut-être  jamais, les capitaux nécessaires à l’accession et qui supportent les coûts élevés de la location ».
Une évolution et une situation qui, conclut-elle, « n’ont pas fini de questionner ». Son article y contribue.
Revue NOROIS , N°212, 2009/3, Ed. PUR, 70 p., 12 €.

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