samedi 8 mars 2008

Au cœur d’un procès : justice et histoire face au négationnisme


Les 12 mars et 12 avril 2007 eurent lieu devant la 17e Chambre du tribunal correctionnel de Paris les débats de ce qui pourrait être le tout dernier grand procès du négationnisme.

A l'origine, une plainte de Robert Faurisson contre Robert Badinter et la chaîne Arte. Ce dernier y avait déclaré :  « le dernier procès que j’aurai à plaider dans ma vie avant de devenir ministre, c’est le procès contre Faurisson. J’ai fait condamner Faurisson pour être un faussaire de l’Histoire ». Pour cette phrase, Faurisson l’a attaqué en diffamation.
Dans ce livre, on lit l’intégralité des minutes du procès, à part l’audition de Faurisson lui-même, dont il a refusé la publication à l’éditeur.

Faurisson était assisté par Me Delcroix, alors que Robert Badinter avait pour avocats Me Jouanneau et Me Henri Leclerc. Ont ètè notamment cités comme témoins de la défense : Valérie Igounet, historienne reconnue du négationnisme en France, Annette Wieviorka, historienne, directrice de recherches au CNRS, Gérard Panczer, chimiste, Didier Daeninckx, écrivain, Nadine Fresco, historienne, Me Roland Rappaport, Henry Rousso, directeur de recherches au CNRS, Me Charles Forman.

V.Igounet, au cours de son audition, déclare : « On est là pour se demander si le négationnisme de R.Faurisson ou le négationnisme en général, est un paravent de l’antisémitisme. A mon sens, oui. ». Ajoutant : « Quand on lit le discours de R.Faurisson, on lit le négationniste en général. Il se situe aux antipodes de l’histoire, ce n’est pas du tout de l’histoire. Evidemment que le négationnisme fausse l’histoire ».

Concernant la loi Gayssot du 13 juillet 1990, Didier Daeninckx, se dit « totalement persuadé de la nécessité de cette loi qui a 17 ans. Quand on reprend son histoire, on s‘aperçoit  qu’elle n’a pas gêné la recherche historique. Depuis 17 ans il n’y a jamais eu autant de colloques d’articles, de livres, d’interventions de films sur le thème de la Shoah ». Il pense que cette loi « ne condamne pas l’expression d’une recherche, elle condamne aujourd’hui le négationnisme considéré comme la nouvelle forme, la forme virulente de l’antisémitisme ».

H.Rousso estime, lui, que ce procès n’a pas pour objet de juger l’Histoire. « Nous sommes là, dit-il, pour juger les propos d’un certain nombre de personnes. Il s’agit d’une affaire contemporaine qui met en question les droits et les devoirs de toute personne qui prétend écrire l’Histoire (…) exercer une activité d’historien. Et, dans ce cas là, je pense que les termes accolés aux travaux de M.Faurisson depuis 25 ans, à savoir ceux de faussaire et de falsificateur, me paraissent comme il y a 25 ans, la seule façon possible de les qualifier »

Au cours de son audition Me R.Rappaport évoque la « fameuse thèse de Nantes, soutenue par H.Roques, dans des conditions tout à fait frauduleuses à Nantes en 1985 ». Cette thèse a été annulée parce qu’on avait réuni un jury qui n’avait aucune qualité pour cela, dans des conditions tout à fait anormales. Cette thèse a été annulée, même avec les vains, recours procéduriers de H.Roques - habituels aux négationnistes - devant le Tribunal administratif et le Conseil d’Etat.

Concernant ici Faurisson, dans ses conclusions orales, le Procureur y insiste fortement : « M.Faurisson a bien été condamné, la méthode de M.Faurisson a bien été condamnée, elle a été prouvée en des termes qui permettent de dire légitimement qu’elle est celle d’un faussaire au sens propre du terme. Son raisonnement est faussé, ses analyses sont faussées, ses conclusions sont des amalgames que rien ne vient étayer. Tout cela ne produit d’un mensonge , des impostures qui sont le propre des faussaires ». Le sens de son entreprise ? « elle est soutenue par un antisémitisme forcené qui n’avance pas masqué mais au grand jour ».

Le jugement, rendu le 21 mai 2007, a donc débouté Faurisson de sa plainte.
Comme l'écrit R.Badinter dans son avant-propos : « Bien au-delà de la décision qui a clos ce singulier épisode judiciaire, les textes publiés ici serviront la cause de la vérité sur le processus d'extermination des juifs européens perpétré par Hitler et les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce procès aura constitué ainsi un acquis précieux pour les historiens de demain et les lecteurs d'aujourd'hui. »

La Justice et l’Histoire face au négationnisme, Au cœur d’un procès, Fayard, 2008, 400 pages, 22 €

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