mardi 24 octobre 2006

L'Extrême Gauche plurielle


 Attention, pamphlet ! Sous les apparences de l’érudition académique, bardé de références universitaires, cet ouvrage sur un sujet d’une brûlante actualité, est en fait une charge contre tous les héritiers de la pensée radicale, en dehors d’un PC évidemment "ringardisé",  même plus bon pour un acharnement post-mortem. L’éditorialiste du Point ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui décerne des louanges suspectes à ce livre qui fut d’abord une note rédigée pour la Fondation Saint-Simon. Dissoute en 1999, estimant son œuvre accomplie, elle reprend donc ici du service. Pourquoi ?
A cause d’une crainte et du constat que : « la fin du communisme n’a pas été suivie d’une victoire du libéralisme politique et économique, mais au contraire, du développement de nouveaux mouvements de critique sociale dont beaucoup revendiquent encore un changement radical du monde, même s’il ne lui donnent plus le vieux nom de révolution ». Il s’agit dès lors d’étudier cette « extrême gauche plurielle », des trotskismes et maoïsmes variés, et de l'altermondialisme ambiguë.
La crainte ? « On est en droit de se demander si, comme le croyait F.Furet, "la Révolution française est terminée"», lui qui « ne proposait pas seulement une simple dénonciation du stalinisme, mais aussi une critique de l’illusion révolutionnaire ». Cependant, « Furet n’annonçait nullement la disparition définitive de toute aspiration utopique à une société "autre" ».
Analysant donc à nouveaux frais « l’avenir d’une illusion », l’auteur affirme faire « le pari de prendre la gauche radicale au sérieux », ce qui n’est rien moins qu’évident.
Il présente d’abord « une analyse des revendications et des thèmes de mobilisation sur lesquels se construit la gauche radicale d’aujourd’hui », et propose ensuite « une discussion critique de quelques auteurs importants qui s’efforcent de fonder leurs engagements », successivement :  D.Bensaïd, T.Negri et M.Hardt, A.Badiou et E.Balibar.
Un jeu de massacre pour arriver à cette conclusion qui n’est pas franchement un scoop : « l’exception française » de « tous ces nostalgiques de la politique révolutionnaire » serait « essentiellement négative : elle se fait contre le « libéralisme » ».
A lire avec précaution donc, mais très utile néanmoins pour être un  peu mieux armé.

P.Raynaud, L'extrême gauche plurielle : Entre démocratie radicale et révolution, Edition Cevipof,  Autrement, 2006, 17 €, 199 p.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire