lundi 21 août 2006

LQR : le discours de la propagande


Ce livre d’Eric Hazan "LQR, la propagande du quotidien" * est une critique efficace des tournures de langage qui fleurissent dans la bouche et sous le stylo de ceux qui, on ne sait pourquoi, s’autoproclament volontiers l’élite. La LQR : Lingua Quintae Republicae (Langue cinquième république) est ainsi cruellement mise à jour. Pour elle, il n'y a plus de "licenciés", mais des "bénéficiaires d'un plan social". Elle ne parle de "réforme" que pour signifier qu’il faut avaler la pilule amère. Elle requalifie  les pauvres de "modestes". Si sa figure favorite est donc l’euphémisme, une autre feinte de la LQR est d’affirmer l’existence de choses qui n’existent tout bonnement pas. Ainsi, plus elle évoque dialogue et communication et moins on se parle. La "solidarité" s’affirme, mais se matérialise rarement. La "chute du mur de Berlin" a contribué à renforcer les effets lénifiants (rien a voir avec Lénine) de la LQR. Plus de communisme, exit le prolétariat et la lutte des classes. Désormais, il n'y a plus d'exploités mais des "exclus", plus de classes mais des "couches sociales". Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons de délaver les mots jusqu'à ce qu'ils en perdent leur vrai sens, son exploitation des "valeurs universelles", sa culpabilisation au nom du "développement durable" et son discours de guerre au titre de la "lutte antiterroriste".
La LQR s’affiche, jusqu’à la nausée, dans journaux, supermarchés, transports en commun et  "20 heures" des grandes chaînes, où elle contribue puissamment à la domestication des esprits. Par cette imprégnation lente, c’est bien la novlangue du néolibéralisme qui s'impose. Inventée et diffusée par les économistes et les publicitaires, et malheureusement reprise sans discernement, elle est devenue l'une des armes les plus efficaces du brouillage des enjeux, de l’asservissement des esprits et du maintien de l'ordre social et politique.
Un livre salutaire à mettre entre toutes les mains. Car, si on n’y prend pas garde - mais il nous alerte opportunément - la LQR s’évertue à substituer aux mots de l'émancipation et de la subversion, ceux du conformisme et de la soumission.
* Ed. Liber Raison d’agir, 2006, 6 €, 122 p.

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