lundi 30 janvier 2006

Un hommage à Marc Bloch (1886-1944)


Marc Bloch est né le 6 juillet 1886 à Lyon. Il est mort sous les balles nazies le 16 juin 1944 dans l’Ain. En 1943 il était entré dans la vie clandestine en adhérant au mouvement "Franc-Tireur"; il devient membre de son directoire national; à Lyon, il sera plus tard désigné comme délégué du mouvement au directoire régional des "Mouvements unis de la Résistance" (MUR). Il met en place les Comités de Libération de la région de Lyon. Il est arrêté par la Gestapo le 8 mars 1944, torturé et incarcéré à la prison de Montluc. Le 16 juin dans la soirée, il en est extrait, avec vingt-neuf autres prisonniers, tous abattus par les Allemands.
Les Éditions Gallimard lui consacrent un gros volume retraçant opportunément son oeuvre et sa personnalité. Ce recueil rassemble entre autres des « Écrits de jeunesse », des travaux sur « La Grande Guerre », « Apologie pour l’Histoire ou métier d’historien » (1942) et « L’étrange défaite », ouvrage posthume de 1946.
Professeur à l’université de Strasbourg, Marc Bloch avait fondé en 1929, avec Lucien Febvre, les Annales d’histoire économique et sociale, revue fondatrice de l’École des Annales. Celle-ci a révolutionné la pratique de l’histoire. Spécialiste du Moyen-Âge, Marc Bloch conceptualisa et mit en forme une méthodologie originale pour renouveler l’étude et la compréhension de cette période. Ses ouvrages ont élargi considérablement le champ de la recherche historique, avec notamment : « Les rois thaumaturges » (1924), « La société féodale » (1939), et « Les caractères originaux de l'histoire rurale française » (1931), un classique de l'histoire sociale.
Avec « Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien », il répond à une question de son fils Étienne sur l’utilité de l’histoire. Dans cet ouvrage posthume, il définit sa conception  méthodique et critique de l’histoire, qui contribua à en faire l’un des maîtres les plus marquants pour toutes les générations suivantes d’historiens.
Dans « L’étrange défaite » (publié en 1946) il étudie sans complaisance la défaite de 1940. Il y démonte la trahison des élites politiques et militaires, par haine aveugle du Front populaire. Il s’y pose la question : « chaque fois que nos tristes sociétés, en perpétuelle crise de croissance, se prennent à douter d'elles-mêmes, on les voit se demander si elles ont eu raison d'interroger leur passé ou si elles l'ont bien interrogé", question dont on mesure encore toute l’actualité.
Des œuvres cultes de référence sur la pratique rigoureuse et innovante de l’histoire, qui se relisent aujourd’hui avec toujours autant de profit que de plaisir. La publication d’un tel ensemble vient à point, à l’heure où le rôle social des historiens est rudement mis à l’épreuve. En ce qu’il réaffirme, face à toutes les tentatives d’instrumentalisation  des mémoires sociales, l’identité spécifique de leur discipline.
L'Histoire, la Guerre, la Résistance de Marc Bloch
Ed.Gallimard, « Quarto », Janvier 2006, 1176 pages, 28 €.  

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